Dans un microcosme nocturne et interlope, des dizaines de solitude s'unissent au gré des beats turgescents de la musique électronique de Panzer : nous sommes dans une boîte de nuit clandestine de l'underground parisien, au début des années 2020. Entre les bras, les jambes, les têtes et les coudes les corps jouent de leurs abandons répétés, ne jurant que par et pour l'instant. Image superbe : shooté en format 1.66 le premier long métrage du méconnu Anthony Lapia fait figure de proposition pleinement immersive, à la forme brute mais néanmoins magnifique, sorte de mélange d'ombres rabattues et de lignes claires héritées de la vidéo léchée mais prégnante.
À mi-chemin entre l'abstraction du Cinéma de Philippe Grandrieux ( Sombre et La Vie Nouvelle surtout, avec un soupçon de Malgré la Nuit ) et l'oeuvre littéralement périphérique, liminale et pleinement contemporaine de Virgil Vernier ( les tranches de vie au coeur desquelles les personnages de Louise Chevillotte et Madj Mastoura refont le monde jusqu'au petit matin évoquent les moments d'hyperréalisme de Mercuriales ou encore du moyen métrage Sapphire Crystal...) After se donne comme un pur morceau de Cinéma louant le culte de l'hédonisme et du moment présent. Loin de porter un regard phallocrate à renfort de plans callipyges à la mode Kechiche ou ultra-sexué sur une jeunesse en pleine descente vers les affres de l'autodestruction ( Climax de Noé, of course ) Anthony Lapia préfère dépasser les questions de genre pour mieux montrer les personnes, telles qu'elles devraient l'être : humaines, douées de désir et de plaisir mais jamais réifiées par le réalisateur.
Si le film alterne avec une remarquable habileté entre des moments de pure techno grisants, obsédants et des scènes d'intimité mettant la parole de ce chauffeur ( Mastoura ) et de cette jeune avocate au débit de mitraillette ( Chevillotte ) au coeur du dispositif, il semble presque se terminer comme un étrange appel à une certaine forme de soulèvement ( révolution ? )... Alors que l'image vire au blanc cramé dans les dernières secondes précédant le générique final, After laisse sur un sentiment de liberté en devenir, ou à venir. La danse et le plaisir filmés comme une chose-publique, le bonheur exprimé dans tout son dénuement : et c'est beau, purement et simplement.