Dans ce film de 70 minutes, aux allures de petit récit d’espionnage sur fond de terrorisme anarchiste britannique, se dégage une grâce étonnante. Une mise en scène brillantissime de Hitchcock, qui sait simplement parler avec le pouvoir du cinéma : par son écriture des cadres, des mouvements et du montage, par ses teintes de comédie, mais aussi par tous ces éléments du quotidien qui viennent nourrir le suspense. La force du film tient d’abord à Hitchcock, évidemment, mais aussi à l’étrange tranquillité de M. Verloc, incarné par Oskar Homolka. Un antagoniste parfait, qui n’en rajoute jamais, d’une sobriété désarmante.Comparé aux films d’action contemporains, démesurément coûteux et ivres de leurs effets pyrotechniques, ce « petit » film de suspense de 1936 paraît d’une simplicité désarmante. Et pourtant, il est haletant. L’enquête progresse mystérieusement, sans jamais chercher l’action spectaculaire. Hitchcock ne joue pas sur le sensationnel, mais sur l’émotion de l’action : avant, pendant et après. C’est toujours l’émotion qui est le véritable moteur de l’action. Et c’est peut-être là que réside toute la modernité du film : dans cette manière de faire naître la tension non pas de ce qui explose à l’écran, mais de ce que les personnages ressentent. Une intrigue de plus chez Hitchcock, autour de la culpabilité et du mal, sans jamais condamner moralement ses personnages.