Soyons clairs : de la même manière que le présentateur - « N'y voyez aucune intention, c'est très expérimental ...» - de la salle dans laquelle j'ai vu ce film, les autres critiques parlant de LSD ou de profusion de violence, n'ont rien compris à la portée du film.
Ce film, réalisé avec une caméra thermique, nous plonge dans le quotidien d'un mafieux et nous confronte à ses états d'âme. L'image passe des teintes rouges aux bleues, mais dépasse le manichéisme par leur mélange à certains plans, mais aussi par le contraste apporté par l'ambiance sonore.
Le bien, le mal, l'argent, les femmes, la violence : Harmony Korine nous montre que le capitalisme et sa jouissance effrénée ne suffisent pas à combler une vie. Le doute subsiste, et le palais de tous les plaisirs n'effacera pas les dilemmes personnels. On se rappellera que le réalisateur eut signé Spring Breakers, paroxysme de la quête de cette image états-unienne idéalisée et déchue.
Derrière le criminel, derrière la strip-teaseuse, il y a des vies morcelées qui tentent de combler leurs failles et de recoller les morceaux avec le luxe, la fête, la richesse et leurs promesses. Mais là où Korine est véritablement critique, c'est qu'il montre sans condescendance l'échec de ce rêve déjà daté. L'accomplissement personnel ne s'atteint pas par le paraître et les divertissements artificiels.
Confrontant le spectateur à la complexité de l'ordinaire que rencontre tout à chacun.e, même dans les situations les plus invraisemblables et éloignées, on ressort de ce film comme de Une vie cachée de Terrence Malick : déboussolé de la délicatesse que recèle le banal, et ébloui de la manière dont le film permet de le remarquer.