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Ce film est une catastrophe rare, de celles qui ont le mérite de pointer au spectateur un état des lieux de son époque. Le narratif est simple : une catastrophe va survenir - comble de l'actualité, elle concerne l'intelligence artificielle et son autonomisation -, et l'humanité est en péril alors nous nous en remettons à un homme blanc pour tous nous sauver.
Avec ChatGPT et la recrudescence du mythe de la singularité (le renversement de l'humanité par sa propre technologie), ce film serait d'une brûlante actualité s'il traitant son sujet : il n'en est rien.
Deuxième vérité : les catastrophes et l'émulation médiatique qu'elles stimulent ont la fonction politique de rendre légitime des interventions militaires et violentes. Autrement dit, face à un ennemi aussi fantasmé que terrifiant (et pour filer la métaphore, ce que le film ne fait pas donc écrivons le ici, le film aurait pu insister sur la prétention à l'autonomie de l'intelligence artificielle, autonomie qui dissimule la présence de décisions technologiques et d'orientations politiques), les pires atrocités sont permises, et elles sont esthétisées.
Nous suivons donc un Tom Cruise confiant (c'est la fin du monde après tout, pourquoi stresser quand on reste riche et musclé ?) qui affronte les ennemis et les défis, mais surtout qui le fait pour sa patrie.
La morale est claire même si elle reste implicite. Notre mode de vie a engendré ses propres démons, et nous voilà condamnés à l'auto-destruction. En revanche, nous ne voulons pas changer, nous ne voulons pas nous restreindre et nous ne voulons pas réfléchir à notre condition. Alors pour garder le statuquo, nous nous en remettons à un héros, un sauveur, un démagogue, qui nous promet la conservation de ce mode de vie idyllique (l'idylle se poursuit sur grand écran, car ensemble au cinéma ou seuls chez nous, nous sommes tous des esclaves et Tom Cruise jouit de nos regards et du tarif de notre billet d'entrée alors que nous, nous avons besoin de lui pour rêver quand lui, il nous ignore...)
En bref, quand tout est terminé le capitalisme peut toujours trouver des moyens de se conserver : par l'image et l'idéologie, par la peur, ou encore par le rêve. Mais les démons qu'il engendre dans sa course au productivisme (les méchants russes, la technologie dévastatrice, etc) ne sont que des prétextes pour partir en croisade, non pas pour le changement, mais bien pour avoir l'air gentil et attrayant ce qui assure la poursuite de ce système et sa situation.
Si Tom Cruise nous sauve, c'est pour que nous continuons de le regarder, pas pour la justice sociale et la fin des inégalités.
Créée
le 11 août 2025
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