Voilà un titre bien choisi ! Armande Pigeon, la protagoniste centrale de ce film, n'en rate pas une quand il s'agit de perdre. Vivant de petites combines et de rapines du même acabit, elle pratique à merveille l'art de tout foirer, mais également de rebondir, provisoirement, en se fourrant dans une situation encore plus merdique que la précédente. Son entourage est par conséquent très improbable, composé de personnages tous plus foireux et bizarres les uns que les autres, y compris sa logeuse fort bien incarnée par la grande Catherine Ringer.
Difficile de dire s'il s'agit d'un film véritablement comique. Il comporte évidemment pas mal de scènes drôles, dans un registre souvent assez trash. Au sens dégueulasse : au propre, si je puis dire, pas au figuré. Mais si les différents personnages que côtoie Armande sont souvent cocasses, la façon dont ils sont dépeints n'est peut-être pas dénuée d'un certain mépris de classe : des pauvres, parfois gros, parfois laids, parfois cons. Voire les trois à la fois. A ce stade, il est difficile de voir ça comme une comédie sociale. C'est plutôt du bête et méchant, en fait.
Il est en fait impossible de sortir du visionnage en ayant une idée claire du propos des réalisateurs. On passe un bon moment, car c'est rythmé et il arrive quand même que l'on rigole souvent (mais méchamment). Peut-être pourrait-on qualifier ce film de nihiliste, car il n'inspire aucun espoir (ni aucun autre sentiment positif d'ailleurs, sauf peut-être l'amour des oiseaux) et qu'il jette en pâture au spectateur l'image d'un lumpenprolétariat totalement à la dérive. Mais jamais en effleurer les causes, si ce n'est peut-être la vénalité ambiante de notre monde...