Al Tayeb,terroriste soudanais,échappe à une fusillade dans l'hôtel parisien où il résidait et parvient à s'enfuir.Adam Franco,agent secret spécialisé dans l'anti-terrorisme,est chargé par son mentor le commandant Kruger de retrouver le mec.Pour ce faire,Franco est infiltré dans l'équipe assurant la sécurité de Victor Pastore,parrain de la pègre lié à Al Tayeb et soupçonné d'aider le fugitif.Alban Lenoir,comédien de seconde zone,a trouvé une martingale lui permettant de devenir une vedette dans un genre,l'action musclée,déserté par le cinéma français et abandonné aux Américains qui savent mieux faire ça.Pour économiser sur les frais de sortie des films,on les balance direct sur une plateforme,en l'occurrence c'est Netflix qui produit et diffuse,sans passer par la sortie en salles,et on crée un personnage qu'on décline à travers différentes franchises,qui n'est jamais le même mais qui ressemble beaucoup aux autres,d'autant que c'est toujours Alban qui l'interprète.On a donc le flic tête brûlée des "Antigang",le flic tête brûlée des "Balle perdue",et maintenant l'agent secret tête brûlée de "AKA".Ils n'ont pas le même nom mais c'est le même modèle,à savoir un ancien délinquant recruté par un vieux flic qui lui sert de mentor,qu'il s'appelle Buren dans "Antigang",Charras dans "Balle perdue" ou Kruger ici.Le jeune type est un fou furieux,mais son efficacité est telle qu'il devient l'as du service à tous les coups,sauf qu'il a une morale,ben oui c'est une racaille à l'origine,et qu'il se met à déjanter à chaque fois pour désobéir à une autorité corrompue.Pour le reste il n'y a qu'à embaucher un réalisateur fan de bastons,de rodéos automobiles et de gunfights,et de laisser faire Lenoir,combattant aguerri en arts martiaux.Ainsi c'est Benjamin Rocher qui shoote les "Antigang",Guillaume Pierret qui s'occupe des "Balle perdue",et voici Morgan S. Dalibert,le directeur photo des "Balle perdue", qui débute dans le long-métrage avec ce "AKA",dont il cosigne le scénario avec Lenoir.Pendant les deux premiers tiers du film,ça fonctionne plutôt bien.La scène initiale parait à première vue banale et usée,avec Franco qui s'introduit dans un repaire de terroristes au Moyen-Orient pour libérer une journaliste française retenue en otage,mais qui se termine de manière choquante et inattendue.La suite est pas mal du tout,avec l'infiltration réussie chez les gangsters,le héros s'imposant grâce à ses techniques de combat dévastatrices qui en font vite la coqueluche de la bande,en même temps qu'il sympathise avec le fils ado du caïd,en mode "Man on fire".C'est assez original,l'ultra-violence sèche et bien chorégraphiée propre à l'acteur-scénariste induisant des séquences de pugilats et de fusillades bien excitantes tandis que les manipulations diverses entourant la traque du Soudanais suscitent du suspense et de l'ambiguïté quant aux buts des uns et des autres.Hélas c'était trop beau et tout bascule au moment précis où Adam abandonne la planque de surveillance pour partir sauver le gamin kidnappé.Ca se barre en vrille et le script explose en plein vol.Lenoir cède à son péché mignon de la surenchère débile et se consacre à faire n'importe quoi sans aucun souci de logique ou de vraisemblance.Franco aurait pu finir sa mission,on n'était pas à la minute pour sauver le môme,et la façon dont il vient à bout de dizaines d'adversaires en très peu de temps incite le spectateur à se demander si des fois on ne se foutrait pas un peu de sa gueule,impression renforcée par la vitesse à laquelle le terrible récupère après avoir été gravement blessé pour retourner au combat avec une énergie décuplée.Ca ne s'arrange pas par la suite avec des révélations particulièrement stupides qui inversent la situation et dépeignent brusquement Al Tayeb comme un bien brave bougre trahi par ces salauds de barbouzes français.Bon,d'accord,le gus avait légèrement tripatouillé avec la Françafrique et donné dans le trafic de drogue avec Pastore,mais quand même il aime beaucoup sa famille et il est donc très gentil.Dès lors ça se barre en épluchures,et de plus en plus jusqu'à une fin écoeurante de connerie qui voit le douteux héros éliminer tous les méchants et s'envoler vers un avenir radieux avec les deux enfants de Pastore et le gros black de service.La morale de tout ça?Eh bien la morale c'est que Lenoir et Dalibert devraient éviter d'écrire des scénarios.Alban a une vraie présence dans la catégorie brute épaisse,ce qui compense son jeu limité,et il s'est entouré d'un casting de gueules marquantes comprenant des visages connus comme ceux d'Eric Cantona en truand au bout du rouleau,Thibault de Montalembert en officier du renseignement totalement froid,l'Italienne Sveva Alviti,qui a bien du mal à rebondir depuis sa révélation dans "Dalida" en 2017,en pépée du gangster,Karim Belkhadra en voyou hargneux ou l'inévitable Sébastien Lalanne,grand pote à Lenoir qui a joué dans les deux "Antigang" et les trois "Balle perdue".Et puis il y a les moins connus Saïdou Camara,l'homme de main pas franc du collier,Lucile Guillaume,la fille de truand fouineuse,Kevin Layne,le vrai-faux terroriste,Philippe Résimont,le ministre de l'Intérieur ripou,Vincent Heneine et Nathalie Odzierejko,les agents spéciaux consciencieux,et le jeune Noé Chabbat,très bon en ado en mal d'affection.