7000 ! C’est le nombre de figurants pour le tournage des scènes de bataille, notamment pour constituer l’écrasante armée mexicaine. Je n’ose imaginer la tronche de la table régie entre les prises ! Mais c’est aussi ce qui donne tout son cachet à ce projet pharaonique : quand tout est tourné en vrai, ça a vachement plus de gueule qu’avec les médiocres CGI actuels !
Pharaonique est le mot juste : l’imposant budget de 7,5 millions de dollars a littéralement explosé durant le tournage, dépassant en fin de compte les 12 millions. Plusieurs raisons à cela, dont l’une plutôt sombre : le meurtre d’une jeune actrice de 26 ans (jouant un rôle secondaire), Lejean Eldridge. Alors que les jours de tournage s’enchaînent, la jeune femme est retrouvée poignardée dans sa chambre d’hôtel. Le coupable est rapidement identifié, en la personne du petit ami jaloux. Son rôle pourra être facilement remplacé, mais l’équipe de tournage est citée pour témoigner lors de l’enquête et du procès, obligeant la production à stopper plusieurs jours le tournage. Et avec un coût de 60 000$ par jour de retard, ça pique les fesses.
Pour avoir une chance de terminer « l’œuvre de sa vie », John Wayne est obligé d’engager une grande partie de sa fortune personnelle, hypothéquant ses maisons, voitures et son yacht (le pauvre). Malheureusement, le film est un échec au box-office et ne réchappe de sa coûteuse campagne des Oscars qu’avec une statuette technique, celle du meilleur son.
Pourtant, du côté du spectacle, Alamo fait clairement le job. Nous sommes en 1836, dans une petite ville du Texas, alors sous pavillon mexicain. Les armées du général Santa Anna approchent, et la centaine d’hommes sous la direction du jeune et impétueux Colonel William Travis renforcent les maigres défenses du Fort Alamo, en vue de résister aussi longtemps que possible à l’ennemi. Quelques jours à tenir avant l’arrivée de renforts de l’armée texane. A ce stade, il est tout de même important de rappeler les raisons de la guerre : si le film présente la révolution texane comme un combat juste pour la liberté, le film occulte complètement l’un des principaux moteurs de la révolte, le maintien de l’esclavage. Tandis que le Mexique a aboli cette pratique depuis déjà plusieurs années (officiellement dans la Constitution depuis 1824, mais ce n'est qu'en 1829 que la loi fut effectivement appliquée, sous la présidence de Vicente Guerrero), les colons américains du Texas qui possédaient des esclaves se soulèvent devant cette si-injuste loi. Voilà voilà, John Wayne célèbre ici avant tout le patriotisme américain.
Pour en revenir à Alamo, si le film souffre de quelques longueurs, les scènes de batailles sont absolument grandioses. Bien que catégorisé en western, le film s’éloigne du genre, de ses gunfights au soleil et de ses cowboys taiseux, pour se rapprocher des films de guerre.
En plus d’être derrière la caméra, John Wayne y interprète le Colonel Davy Crockett, un trappeur reconverti en politique, plusieurs fois élu représentant de l’État du Tennessee au Congrès des États-Unis, l’une des grandes figures héroïques du pays. Le réalisateur prévoyait initialement de confier le rôle à Richard Widmark, mais devant le refus du Studio (Widmark n’était sans doute pas assez bankable), c’est Wayne lui-même qui endosse le costume. Il confie alors à Richard Widmark le rôle du Colonel Jim Bowie, l’ami bagarreur de Crockett.
Alamo est la première réalisation de John Wayne. On sent à chaque instant de cette grande fresque épique de 2h30 l’influence de son mentor John Ford. Invité sur le tournage, ce dernier a d’ailleurs agacé John Wayne en donnant des ordres de mise en scène et conseillant les acteurs. A bout de nerfs mais ne voulant pas froisser son idole, Wayne nomme rapidement Ford à la tête d’une équipe B, qu’il charge de tourner des plans secondaires à quelques kilomètres de là. Discrète manière d’éloigner l’envahissant Ford !