Alangu, c’est l’histoire de trois bons copains qui quittent leur village au Tamil Nadu pour s'en aller bosser pour un riche propriétaire au Kerala... Mais le film s’ouvre sur les trois compères en train de se faire salement passer à tabac. Eh ben, "qu’est ce que c’est encore que cette moulinette ?!", se demande le spectateur fébrile. Patience, car passé le générique et son titre joliment dessiné, nous voila revenus « quelques jours plus tôt », afin que l'on puisse découvrir quelle funeste aventure a bien pu conduire nos trois rigolos dans un tel pétrin. L’histoire débute alors dans le cadre habituel des fictions rurales du sud de l’Inde, avec son ambiance sympathique, ses personnages haut en couleurs (la daronne qui chasse les éléphants de son potager à coup de bombes agricoles) et ses thèmes classiques (pauvreté et problèmes de castes) qui poussent nos trois potes à quitter leur village pour aller bosser dans la vallée. Le contraste avec l’opulence de la famille de propriétaires est monstrueux et créé des images saisissantes, mais voila déjà qu'on file un boulot aux trois types : aller enterrer un sac dans la forêt. Pourquoi pas, mais c'est louche, alors on regarde dans le sac : Surprise, c'est un petit chien… encore vivant ! Ils décident de désobéir et d'adopter le chien, qu’ils nomment Kaliyamma.
Alors, les gens qui ont l’habitude de mater des films produits dans cette région savent que l’arrivée d’un cabot à l’écran est souvent la promesse d'horreurs épouvantables. Enfin, je sais pas trop, j'ai pas fait de stats non plus, ça doit pas être pire que dans le ciné australien vous me direz... Et je vous répondrais que si, quand même, c’est bien pire. Et j’évoquerai alors le sentiment d’indicible effroi qui nous avait saisi la gorge lorsque devant cette comédie romantique réalisée par le génial Mari Selvaraj, Pariyum Perumal. Le film s’ouvrait sur une scène particulièrement tonique où un jeune homme essayait de sauver son chien Karuppi, ficelé par d’immondes crapules à une voie de chemin de fer. Qui allait arriver en premier ? Le jeune homme à bout de souffle, ou le gros train qui fait tchoutchou à toute berzingue ? Le film ménageait son suspense, un temps, avant de faire déferler la locomotive et les wagons sur le corps du pauvre chien. Devant nos yeux ébahis d’incrédulité, le clébard était alors étalé sur plusieurs dizaines de mètres dans une succession de plans qui propulsait direct cette charmante comédie sentimentale sur l’étagère du haut qui domine crânement les mondos italiens, les snuffs russes et les tortures porn japonais. Karuppi, on t’a jamais oublié. C’est donc avec une certaine inquiétude que l’on voit Alangu mettre autant d’entrain à nous esquisser ainsi la relation tendre et pleine de complicité qui se tisse entre ces jeunes tamouls et leur adorable chien, un poil cabot il est vrai... Surtout lorsqu’au bout d’une petite demie-heure, le film se pose un peu pour nous proposer un numéro musical dédié à l’amour que ces personnages portent à leur petit chien. Une séquence magnifique. Mais les chansons et les danses ne durent qu’un temps, et bien vite s’impose la sourde réalité d’une époque bien trop cruelle pour les pieds tendres et les innocents qui n’ont qu’un petit cœur de beurre qui frappe dans leur poitrine. Car la gamine, un poil irritante, du propriétaire, interprété par mon gars sûr Chemban Vinod (le propriétaire einh, pas la gamine), se fait mordre par un petit roquet. La blessure est sérieuse et le père est dévasté. Alors qu’il découvre, dans une chambre voisine de l’hôpital, un enfant qui marche à quatre pattes et qui aboie bruyamment (dernier stade de la rage nous informe le docteur, eh oui, perso j’ai pas vérifié sur doctissimo mais je le crois volontiers), Chemban Vinod est épouvanté. Et puis sa fille est en pleurs car le moindre jappement la terrifie, la douleur et un terrible sentiment d’impuissance vont alors pousser le patriarche à prendre une terrible décision : il ordonne à tous ses goons de traquer tous les chiens de la région ! Il paiera même un paquet de roupies pour chaque tête décollée qu’on lui apportera !
Commence alors une séquence épouvantable et surréaliste lorsque toute la ville sort les machettes et se rue à la chasse aux chiens errants. Des dizaines de clébards sont tués de manière atroce, décapités, en full frontal flouté. C’est proprement abominable. Chlic, chlac les coups de lames qui traversent les cous des chiens comme si l’on tranchait du beurre doux à la hache. Et si ça ne suffisait pas, les plans où s’abattent les machettes effilées sur ces pauvres animaux sont entrecoupés de plans rapides où l’on aperçoit des toutous apeurés, fuyant, ou se cachant sous des autos, la queue rentrée entre les pattes, les oreilles rabattues. On a même des split screens pour rajouter plus de chiens épouvantés sur le même écran ! La caméra de SP Shakthivel, qui avait su capter la joie et la complicité de l’insouciance, parvient ici à saisir sans peine la terreur qui s’est emparée des chiens. Et à partir de là, le film vire au survival nerveux. Le fils pas commode du proprio a capturé Kaliyamma et il a promis aux trois clampins de décapiter leur chien devant leurs yeux… Bordel, quel enfer ! Alors bien sûr, ce n’est qu’une péripétie qui va enflammer l’intrigue et pousser les doux dans le domaine des brutes. Le film nous réserve bien des surprises et cette histoire sourira aux audacieux qui auront réussi à passer la première heure et son cortège d’horreurs. Les couinements apeurés des petits chiens céderont la place à un récit plus classique, mais honnêtement fagoté. Bon, le film est parfois un peu trop enthousiaste, cherchant peut-être à profiter d’une certaine relâche pour tenter un petit move un peu abusé en balançant une très discutable scène de bagarre avec des loups. On se demande d’ailleurs pourquoi ils ont cherché à faire durer cette séquence au-delà du raisonnable alors que tout ce qu’ils avaient c’étaient deux animations un peu pourraves de quelques images, résultat les vilaines bêtes gigotent en boucle pour un résultat absolument consternant. Un faux pas que le spectateur, acquis à la cause du film depuis la chanson du début, pardonnera bien volontiers. La fin de toute cette histoire nous rappelle qu’on était quand même depuis tout ce temps devant un petit film sympathique pensé pour passer un moment feel good en famille. Bon, perso, je vais pas dire que j’ai pas quand même un peu tortillé, les yeux pétrifiés par ces têtes de toutous roulant sur des pavés gorgés de sangs, mais puisqu’à la fin le film règle ses enjeux et ses tensions à coups de petits chiots adorables, j’ai envie de dire merci, et encore bravo.