Voir Michael Mann s'attaquer à l'art souvent plat et classique du biopic ne laissait rien présager de bon. Et en effet, avec Ali, Mann réalise l'un de ses films raté.
Car, en mettant un quart d'heure à s'ouvrir (avec une longue scène illisible et brouillonne) et en ne parvenant pas vraiment à se finir ni à se renouveler, Michael Mann sombre dans la longueur et la répétition. En 2h30 il nous montre trois pans semblables de la vie du héros : trois femmes, trois combats, et livre ainsi un biopic lisse, perclus de scènes gratuites et inutiles que Mann ne cesse d'allonger sans intérêt (comme par exemple un interminable footing en Afrique, vers la fin). Alors certes la photographie de Michael Mann (épaulé par le génial Lubezki) est toujours aussi puissante dans ses gros plans, son style numérique (audacieux de le plaquer au classicisme des années 50 !), mais, malgré la caméra qui colle aux peaux et aux chanteurs, l'image ne convoque pas comme dans ses autres films. On aurait attendu un choc esthétique en apprenant que Mann s'attaquait à l'univers filmique si particulier qu'est la boxe, pénétrait sur la scène close qu'est le ring. Mais rien de tout ça ; les combats sont bien filmés, certes, mais sans grande originalité. De même que Will Smith, s'il est sans faute dans son interprétation du champion, ne convoque lui non plus pas.
La vie d'Ali, si elle est intéressante, voire passionnante, pleine d’embûches, de complexités, d'enjeux, est rendue ici très floue, sans début ni fin, pleine de scènes brusques et peu compréhensibles. La focalisation sur la partie engagée dans l'Islam du héros est délicate et la B.O. qui berce en permanence les deux heures et demie de film, si elle est excellente, est assez hasardeuse et étrangement utilisée.
Heureusement Ali reste bien loin du biopic suivant de Michael Mann, le brillant et puissant Public Enemies, pourtant bien plus rejeté par la critique et le public que ce film-là.