La réception mitigée de Prometheus, préquelle de la saga Alien, a semble-t-il convaincu Ridley Scott de tâter à nouveau du Xénomorphe. À en juger par le titre, l'affiche ou le pitch, il n'y a aucun doute: cette fois, c'est la bonne. Et quelque part, c'est le cas. Facehugger, Chestburster monstres à tête allongée et exécutions sanglantes, tout y est. Presque 40 ans après avoir donné au Cinéma l'une de ses créatures les plus iconiques, Ridley Scott y revient avec Alien Covenant. Et le réalisateur ne s'est pas assagi avec l'âge, bien au contraire.
Parcouru par un nihilisme assez rare, le film entraine ses personnages dans un jeu de massacre d'une cruauté stupéfiante. Plus intense que jamais, la réalisation de Scott sublime les scènes de carnage mais n'oublie pas que le sujet est ailleurs. Car oui, avant d'être la préquelle d'Alien, Covenant est bien la suite de Prometheus, et le cousin éloigné de Blade Runner. Arrivé à mi-parcours, le film retrouve la thématique irriguant son prédécesseur. Prolongeant la réflexion entreprise en 2012, Alien Covenant dévoile une relecture poisseuse du nouveau monde (autre grande marotte Scottienne), empreinte d'un rapport à la création/destruction déjà en gestation dans le long-métrage précédent. Le ton prend cette fois des contours aussi lyriques que macabres (à côté, Prometheus c'est Pocahontas version Disney). C'est dans cette deuxième partie que le film se révèle le plus inconfortable et ironiquement le plus intéressant. Mais son rythme effréné l'empêche malheureusement de fonctionner à plein tube.
Se positionnant comme le trait d'union entre Prometheus et Le Huitième Passager, Alien Covenant a du mal à contenter les attentes des deux côtés. Certaines questions restées en suspens après le premier sont complètement survolées (les Ingénieurs par exemple), et l'apparition du Xénomorphe n'a rien d'un aboutissement cathartique. Ce qui est quand même décevant au vu de son importance pour la suite. Notons que la dernière partie n'est pas des plus inspirées, même si elle conserve la noirceur du propos. La réalisation de R.Scott reste virtuose, mais on frôle parfois le grand-guignol et il n'y a guère de surprise dans son exécution. Le film va diviser, c'est certain (peut être encore plus que Prometheus). Pour ma part, j'estime que l'objectif est plutôt rempli. Covenant s'envisage comme un hybride qui tire sa force de ses faiblesses sans toutefois parvenir à les faire oublier.