Alien Resurrection, Jean-Pierre Jeunet, U.S.A, 1997, 109 min

« Alien3 » fût un véritable carton malgré sa production calamiteuse, c’est donc tout naturellement que les producteurs poussèrent pour une troisième suite : « Alien Resurrection ». Réalisé par, cocorico, Jean-Pierre Jeunet, il débarque cinq ans après « Alien3 », ce qui en fait le plus petit écart de temps entre deux entrées de la franchis, et pourtant, ce n’était pas gagné, puisque la fin du trois empêchait difficilement une suite, et encore moins avec Sigourney Weaver. Cette dernière accepta de reprendre le rôle, grâce à un chèque de 11 millions de dollars, un droit de regard créatif et la validation du réalisateur.


S’il y a bien un mot pour qualifier ce « Alien Resurrection », c’est : inutile. En effet, initiateur de la désormais saga Alien, qui, jusque-là, était une trilogie tout à fait cohérente, il fait plus tache qu’autre chose vis-à-vis de ce qui nous avait été proposé entre 1979 et 1992. Si le film fonctionne comme un stand alone efficace, il n’en ressemble pas moins à une œuvre bâtarde qui ne peut exister sans ses trois prédécesseurs, qu’il cite sans arrêt, tout en se cherchant une identité propre. Il n’apporte pas grand-chose à l’univers développé jusqu’à présent, laissant de côté, par exemple, la Weyland-Yutani, car il se déroule dans un futur lointain de la trilogie principale.


Comprenons-nous bien, le métrage de Jean-Pierre Jeunet n’est pas mauvais, loin de là, il est même réussi à plus d’un égard et surtout, il est très fun. D’ailleurs, la plupart des personnes qui le défendent, dont je fais en réalité partie, sont souvent des gens qui l’ont vu enfant ou ado, ce qui est mon cas. En 1997, « Alien Resurrection » c’était un évènement, y avait des bandes-annonces partout, des pubs, des affiches, une vague de jouet, bref, c’était l’un des gros blockbusters de l’année. Et même s’il remplit toutes les cases attendues. Dès le départ, le projet tente un marathon sur une jambe, avec une histoire capilotractée des plus douteuses, qui sent bon l’opportunisme et l’appel du Dollar.


Partir du postulat d’un clonage de Ripley, pour récupérer un xénomorphe qu’elle a détruit 200 ans plus tôt, grâce à des restes d’ADN retrouvés sur la planète prison où elle a trouvé la mort… Ça fait plus début d’une mauvaise série Z, que d’un bon gros blockbuster hollywoodien un tant soit peu sérieux. Mais Jean-Pierre Jeunet est un bon cinéaste et il sait ce qu’il fait, tout comme son scénariste Joss Whedon, le papa de « Buffy », qui s’il est un gros con dans la vie, a su démontrer son talent à plusieurs reprises, avant de se faire cancel. Ensemble, accompagné d’effets spéciaux jubilatoires, made in France, signée Pitof, qui, en 1997, était à la pointe de la technologie, et bien ils parviennent tant bien que mal à donner de la gueule à cette histoire et finalement, ça devient un vrai plaisir coupable de se prêter au jeu.


Mais le véritable tour de force de cette entreprise, c’est la direction vers laquelle Jean-Pierre Jeunet décide d’orienter le corps essentiel d’« Alien Resurrection ». Sans prendre aucune pincette, certainement bien conscient à la fois du potentiel qu’il a entre les mains et le ridicule qu’il peut rapidement engendrer, il fait le choix d’assumer radicalement la nature du projet. Il délivre alors une œuvre bourrine, décomplexée, totalement Badass, crasseuse, sombre, extrêmement pop, et putain de jouissive. Il s’autorise même plusieurs incursions dans le gore, qui est une marque de fabrique de la saga. C’est bien simple, en un seul « Alien », Jean-Pierre Jeunet fait exploser plus de crânes que dans les trois précédents. Et ça… Ben c’est cool.


L’atmosphère mise en place dans cet « Alien — Resurrection » fonctionne à la perfection, prenant rapidement aux tripes, proposant une nouvelle fois quelque chose de visuellement très différent. À l’instar de cette séquence peu ragoûtante, où, dans une salle, digne du plus fou des savants, se trouve une authentique galerie des horreurs à vomir. Tout un tas de clones raté de Ripley s’y trouve, soit mort, soit dans une souffrance abominable. Ce passage fait particulièrement mouche et correspond à l’un des moments les plus horrifiques de toute la saga. Sur une touche plus fun, mais néanmoins bien dégueulasse, il est important d’évoquer l’élimination d’une créature, qui s’apparenterait à jouer au yoyo avec ses boyaux.


Et que dire de la naissance hardcore d’un alien qui explose une cage thoracique, puis une boite crânienne, avant que les deux malheureux ne se fassent pulvériser par les balles des survivants… De la poésie à mes oreilles. Cette façon jusqu’au-boutiste d’aborder l’esthétique brutale du métrage le sauve totalement. Ce n’était réellement pas gagné d’avance, puisque le tour du concept a été largement exploré en trois volets, tout comme le parcours de Ripley. Ce dernier trouvait une conclusion admirable dans le trois, et ne semblait pas laisser en entendre un quatrième. Le film de Jeunet à ça de salutaire, c’est qu’il est inoffensif, il ne vient pas remettre en question les évènements du trois, c’est vraiment, ben, un spin-off quoi, juste pour le fun. À partir de là, il est difficile d’être véritablement négatif envers le métrage.


Les trois premiers films alimentaient chacun à leur tour, et de manière subtile, tous les atours de l’univers Alien. La Weyland-Yutani était introduite dans le premier, puis, dans le deuxième l’étendue de son pouvoir était développée, et, enfin, dans le troisième, on nous offrait un aperçu du monde en dehors de la firme, qui se révélait glaçante. Tout ça mis bout à bout, ne laissait plus tellement grand-chose de bien passionnant à raconter. Ne pas vouloir intégrer « Alien — Resurrection » directement dans cette continuité et juste se contenter de se faire plaisir avec tout un tas de codes et de conventions mises à disposition, et bien c’était très certainement le meilleur moyen d’aborder un nouvel opus. Sans jamais se prendre trop au sérieux, le film témoigne tout de même d’un premier degré manifeste assumé et d’un sens du cool à toute épreuve.


Le résultat passe de plus l’épreuve du temps, car le film demeure un véritable délire visuel, avec son identité bien marquée, qui le rend très distinct de la trilogie, mais, puisqu’il en utilise les codes et bien, il s’y intègre aussi parfaitement. S’il n’en atteint pas les cimes, il n’en reste pas moins turbosympathique. Après tout, comme on dit, la quatrième place, c’est un peu celle du con, alors pour se démarquer, le film se fait juste plaisir. Sans prétention mal placée, l’ensemble est totalement assumé et s’offre même quelques petites expérimentations ici et là, tel que les xénomorphes aquatiques, et de multiples moments de bravoures bien épiques comme il le faut. Et ça marche, puisque, visuellement, le film laisse son empreinte.


Je suis obligé de placer un petit mot pour le casting, car il est exceptionnel. Bon, Sigourney Weaver en tête, bien évidemment, qui impressionne physiquement, mais on retrouve aussi Wynona Rider, juste avant de se faire blacklister à Hollywood. Deux habitués du cinéma de Jean-Pierre Jeunet sont présents, avec Ron Perlman, qui vient trimballer sa gueule dans les couloirs crasseux du vaisseau, et Dominique Pinon, qui apporte une touche d’étrangeté à l’ensemble. Il y a également le légendaire Michael Wincott, un second rôle récurrent du début des années 1990, qui avait une tendance à interpréter les méchants un peu sadiques, avec sa voix rauque et sa tronche cassée. Il y en a d’autres, mais on va éviter l’inlassable name dropping, n’empêche que tout ce beau monde et bien il joue à fond et apporte une essence solide à l’œuvre.


Sans volonté de révolutionner quoi que ce soit, à l’aide d’effet spécial vraiment canon pour l’époque, « Alien Resurrection » est devenu ce petit plaisir coupable, parfois un peu difficile à assumer, mais si bon à consommer. Le métrage accomplit même l’exploit de préserver les fondements du mythe « Alien » en respectant scrupuleusement ses ainés, sans jamais se prétendre supérieur. Malheureusement, quelques années plus tard d’autres voudront s’imposer en nouveaux bienfaiteurs de la saga, dont Ridley Scott himself… mais sans le talent ni la vision d’un Jean-Pierre Jeunet complètement allumé.


Alors oui, Ripley n’est plus vraiment Ripley, les xénomorphes ne sont plus ce générateur viscéral de terreur, comme présenté dans le premier volet, le grand spectacle bourrin du second appartient aux années 80, et la nature minimaliste-intimiste du troisième est annihilée. Cependant, le film pioche des éléments dans tous ses prédécesseurs, avec la traque dans l’espace d’un vaisseau, des gros flingues et des gunfight épiques, et des personnages principaux particulièrement douteux. Je ne l’ai pas précisé, mais les protagonistes du récit sont des trafiquants d’être humain, et pourtant c’est à eux qu’on finit par s’attacher et être triste quand ils se font buter.


Même si ça sent clairement la redite, cet apport de la French Touch azimutée des années 1990 compose un délire plus proche du space opera sous hallucinogène que d’un hard sci-fi qui se prend trop au sérieux, en bref, qu’est-ce que c’est fun.


-Stork_

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le 9 juin 2025

Modifiée

le 8 déc. 2025

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