Alien vs. Predator, Paul W.S Anderson, U.S.A, 2004, 101 min
« Alien vs Predator », ça ne date pas de 2004, avec le premier film qui voit s’affronter les deux grosses bébêtes des 20 th Century Fox. C’est d’abord une série de comics, qui a débuté en 1989, sous la création de Randy Stradley et Chris Warner. Tout un tas de différentes entrées sont publiées par Dark Horse Comics jusqu’en 2020, avec parfois des cross-overs de légende. Le Xénomorphe et le Yautja ont en effet affronté au cours de leurs pérégrinations des Terminators, Batman, Superman et même Judge Dredd. Rien qu’à l’évocation de ces personnages aussi iconique, ça donne envie de rêver à des aventures cinématographiques tellement épiques… Mais en tout cas, sachez que ça existe sur papier glacé !
Dans les années 1990, « Alien vs Predator » devient également une franchise vidéoludique avec un premier jeu en 1993, sur la Super Nintendo. S’en suivront sept jeux, jusqu’à la sortie du film en 2004, et un huitième jeu directement adapté de ce dernier. Il existe également un jeu de carte à collectionner, et tout un tas de produits dérivés aussi divers les uns que les autres. Pour ainsi dire, la franchise « Alien vs Predator » constitue à elle seule une franchise qui évolue vraiment à part de ses deux franchises initiales, développant ses propres codes et ses propres univers.
Dès « Predator 2 », en 1990, les deux sagas s’étaient liées, puisque l’on y voyait le squelette d’un xénomorphe dans le vaisseau du Predator. Bien qu’en développement à partir de 1994, il faut attendre 2004 avant que ne débarque sur les écrans « Alien v Predator », qui furent réfléchis à l’époque comme le premier volet d’une nouvelle franchise à venir. Spoiler, l’échec de la suite en 2007 mettra un terme à ce projet, et, depuis, il n’y a plus eu de rencontre entre ces deux monstres sacrés du bestiaire des 20 th Century Fox.
En 2004, et, enfin, deux créatures mythiques du cinéma contemporain et de la pop culture se rencontraient dans un film. C’était attendu de longue date et, forcément, face au potentiel du cool qui se cache derrière ce projet, ça laissait ipso facto rêveur. Après moult déclinaisons en comics, jeux vidéo, animés et figurines, voilà enfin l’Alien et le Predator prêts à se foutre sur la gueule sur grand écran. Deux monstres iconiques, une production design excellent, un budget plus que confortable, franchement, qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Ha oui, c’est réalisé par Paul W.S Anderson !
Malgré l’attente et les promesses, force est de constater que de ce crossover légendaire ne se résume à rien d’autre qu’un échec total. Eh oui, c’est comme ça ! Il serait bien entendu facile de laisser Paul W.S Anderson porter tous les échecs du projet, lui qui n’y est que producteur, scénariste et réalisateur. Multicasquette pas finaud pour un sou et grand bourrin un peu trop décomplexé, avec une main mise évidente sur l’œuvre, de sa conception à sa réalisation, c’est son bébé comme on dit ! Si on le dit ? Donc oui, c’est de sa faute.
Mais le cinéma de Paul W.S Anderson, il faudrait en faire un poème. Responsable et coupable des adaptations des jeux vidéo « Mortal Kombat », en 1995, « Resident Evil » en 2002, 2010, 2012 et 2016) et « Monster Hunters » en 2020. Il s’est aussi approprié des œuvres littéraires comme « Les Trois Mousquetaires » en 2011 (qui, en vrai, est cool tellement il est con) et « In the Lost Land » en 2025. On lui doit également le remake de « Death Race » en 2008, et le curieux « Soldiers » en 1996, qui se déroule dans le même univers que « Blade Runner ». On y suit Kurt Russell fracasser des méchants militaires pas beaux. En fin de compte, de toute sa carrière, le seul film vraiment réussi d’Anderson, c’est « Event Horizon » en 1997, un petit bijou de Science-Fiction horrifique…
Attendez, S-F horrifique, vous dites ? Mais alors, cet homme ne serait-il pas l’homme de la situation pour mettre en scène l’Alien et le Predator dans un même film ? Eh bien non…
En réalité, il y a vraiment très peu de choses à dire sur « Alien v Predator », si ce n’est que c’est la face obscure du cinéma d’exploitation. Là où sept ans auparavant, Jean-Pierre Jeunet parvenait à donner une vraie orientation artistique à « Alien Resurrection », dans une démarche tout autant désespérée pour générer du dollar, Anderson, lui, se foire royalement. Quiconque aime un tant soit peu les univers d’Alien et de Predator ne peut se sentir que trahi par ce véritable coup de poignard de la part des 20 th Century Fox. Censé garantir la pérennité de ses œuvres cultes, le studio ne fait que ce que fait n’importe quel studio, exploiter de manière industrielle et sans états d’âme la passion sincère de toute une partie du public pour l’Horreur et le frisson. Pas de bol, rien de tout ça ici. Enfin si, c’est horrible. Bref, tout ça pour dire que c’est juste nul
Alors, pour commencer, pour bien comprendre à quel point le film se contrefout de la mythologie, de la trilogie originale et même du quatrième, il place son action sur Terre [chouette !!] et en 2004 [youpiiiiiie]… Nous apprenons donc que le xénomorphe découvert dans un futur lointain, était déjà entré en contact avec des humains. Ce petit détail en dit long sur le foutage de gueule de l’entreprise. Alors on pourrait dire « Ouiiii, Stork, tu es un peu tatillon ! On s’en fout, si le film est bien ! », certainement, mais en plus de trahir sans vergogne un univers parfaitement codifié mis en place depuis 1979 et bien c’est de la merde. Le pire, c’est que le film semble vouloir s’intégrer dans la saga au détriment total de toute cohérence. Ici, plus rien n’a de logique, ni de sens et encore moins d’intérêt.
On se dit que peut-être l’action sera fun, qu’on aura le droit à un spectacle décomplexé, d’autant plus que la photographie est soignée et que le design des monstres est réussi. Que nenni !! C’est mou du genou, il ne se passe rien, ça traîne la patte pour faire place à deux ou trois plans iconiques placés à l’arrache, histoire de. Mais tout le reste, ce n’est qu’un enchainement de scènes plates, présentes uniquement pour meubler le vide intersidéral du scénario…
Les quelques séquences horrifiques qu’on pourrait se mettre sous la dent sont pour la plupart du temps en hors champs… Ce qui pour un film qui se réclame quand même du genre horrifique, et bien, c’est un peu triste. RIEN ! Voilà un mot qui résume parfaitement cette misérable aventure, oubliable, et a oublié qui n’existe que par son concept cool et rien d’autre. Après, ouiiiiii, pourquoi pas quand y a vraiment plus rien à regarder, on sait que c’est là quoi… Et puis, c’est vrai que, si on oublie toute objectivité, le cinéma de Paul W.S Anderson, il a quand même quelque chose de fascinant.
Le cinéaste est assez médiocre, mais il en a presque fait sa marque de fabrique en fait. Pour prendre l’exemple de « In the Lost Land » sorti en 2025, finalement, on retrouve un peu tout ce qu’il y a déjà dans ce « Alien v Predator », beaucoup d’esbroufe et de style pour pas grande chose. Et en même temps, c’est des films qui ne coûtent pas très cher, donc d’un certain point de vue, effectivement, ça peut passer. Ça ne reste pas dingue, mais pour les quatre ou cinq séquences d’actions qui méritent un peu le coup, ça peut valoir la peine de se le coltiner. Cinématographiquement, c’est vraiment très pauvre, mais dans certaines conditions, quand le cerveau ne fonctionne plus, par exemple, ça peut être une bonne option. Dison que, c’est assez inoffensif.
-Stork_