All or Nothing de Mike Leigh pourrait sans doute concourir au titre de film le plus déprimant jamais réalisé.
Le cinéaste nous plonge dans le quotidien d'une famille dysfonctionnelle. Le père conduit son taxi de manière irrégulière, la mère est caissière dans un supermarché. Leur fille travaille dans une maison de retraite tandis que leur fils, lui, ne fait rien de ses journées. Tous vivent dans une barre d'immeubles où les voisins se croisent sans vraiment se voir. Pendant deux heures, Mike Leigh observe ce petit monde enfermé dans un univers gris, où chaque journée semble ressembler à la précédente.
L'atmosphère est d'une rare intensité. C'est un film violent dans les sentiments, profondément triste et souvent malaisant. Ce qui frappe le plus, c'est l'absence d'une chose pourtant essentielle : l'amour. Chacun souffre dans son coin, incapable de communiquer avec les autres.
Sous un tel postulat, le film pourrait être étouffant. Pourtant, Mike Leigh transforme cette chronique sociale en une œuvre d'une immense humanité. Sa mise en scène, d'une justesse remarquable, laisse peu à peu filtrer une lumière fragile. Dans son dernier tiers, un souffle d'espoir apparaît enfin, discret mais bouleversant.
Comme toujours chez Leigh, les comédiens sont exceptionnels. Fidèles à son univers, ils incarnent leurs personnages avec une vérité désarmante. On n'a jamais l'impression de voir des acteurs jouer : on a le sentiment d'observer des êtres humains dans toute leur fragilité. C'est en grande partie grâce à eux que le film touche aussi profondément.
All or Nothing s'achève sans résoudre tous les problèmes de cette famille. La vie continue, avec ses blessures et ses incertitudes. Mais quelque chose a changé. Un lien s'est recréé, aussi ténu soit-il. Et surtout, au moment où le générique apparaît, on s'est profondément attaché à chacun de ces personnages.