Voilà donc le substrat qui a donné naissance, il y a plus de dix ans maintenant, à Edge of Tomorrow, l'un des Tom Cruise movie parmi les plus efficaces.
Permettant de constater à quel point les sensibilités occidentale et orientale peuvent différer l'une de l'autre. Car en 2026, exit la science-fiction frontale et militarisée, en disant long sur le culte de l'armement propre aux Etats-Unis.
Exit, de la même manière, le complexe du sauveur, ou la figure du héros mâle au sourire Ultra Bright prenant à lui seul la tête de la révolte contre un envahisseur alien belliqueux.
Et si l'ensemble des codes propre au jeu vidéo est convoqué : le die & retry, l'acquisition de compétences, l'équipement, les upgrades, le mode coop, il y a aussi autre chose derrière All You Need is Kill.
Il y a tout d'abord un changement drastique de décor qui intervient de manière immédiate, irrigué par les couleurs vives d'une flore et des arrière-plans luxuriants dans lesquels l'héroïne évolue.
Il y a ensuite cette démilitarisation de l'intrigue, qui présente finalement une population sans défense et dans l'incapacité de réellement riposter à la menace. Ménageant quelques moments de répit aux accents presque méditatifs.
Mais le changement encore plus évident, c'est cette héroïne mutique, dans sa bulle, dans un trauma esquissé dès les premières minutes de All You Need is Kill. Dans un sentiment de solitude intense, voire dépressif. Le thème de la répétition temporelle ne fait que souligner cette impression et d'enfermer un peu plus encore la jeune Rita, l'isoler de ses camarades réduits à l'état de simples esquisses. Jusqu'à l'irruption, à mi-parcours, d'un personnage miroir comme véritable contrepoint d'ancrage émotionnel. De sorte que Rita, petit à petit, réapprend à vivre, à changer de regard sur ce qui l'entoure, à se projeter.
Ce nombre réduit de protagonistes fait que le film ne s'embarrasse d'aucune péripétie superflue et ne disperse pas son attention, afin de laisser son duo vivre et se développer pour mieux s'y attacher.
Ce cœur battant, jamais surligné, est rehaussé par l'animation et le trait épuré si particuliers du Studio 4°C, d'une énergie de tous les instants, tant dans la cinétique de chaque mouvement que dans la chorégraphie des combats qui y est déployée. Ou encore dans ce virage quasi psychédélique pris par l'oeuvre par instants, puis à l'orée d'un grand final spectaculaire, voisin, dans sa philosophie, de celui de Spider-Man : New Generation ou des Enfants de la Mer.
Le seul défaut du film sera sans doute de sortir trop tard au cinéma. Car bien sûr, Edge of Tomorrow restera dans toutes les mémoires, laissant à penser à une certaine frange du public peu habituée que All You Need is Kill n'en est finalement qu'une repompe ou un ersatz.
Car ensuite, l'oeuvre arrive au sommet d'une vague de films de boucle temporelle, après Exit 8, Comme un Lundi ou encore En Boucle, laissant à penser qu'il ne fait qu'exploiter un effet de mode passager.
Alors que All You Need is Kill, trépidant, exaltant, n'a jamais à rougir de la comparaison, bien au contraire.
Behind_the_Mask, qui en est à sa 1475ème tentative d'écrire un avis pertinent sur Sens Critique.