Sûrement sous la pression d'une Palme d'or qui est peut-être arrivée trop tôt pour son bien, la réalisatrice Julia Ducournau, pour son troisième long-métrage, nous offre une véritable purge en dérivant vers un cinéma hermétique intello-symbolico-machin-truc à deux balles.
Déjà, le discours de fond cloche gravement ici. Imaginez qu'un cinéaste ait pondu, durant les premières années officielles du sida (soit les années 1980-1990 !), un film qui résumerait seulement le sida à une saloperie mortelle ne touchant que les homosexuels et les toxicomanes (comme beaucoup ont voulu le croire quand le virus était apparu, car ces deux catégories de population étaient considérées comme moins dignes de vivre que les autres !). C'est un film que l'on visionnerait aujourd'hui avec un très gros embarras, que l'on préférerait oublier. Maintenant, imaginez quelqu'un qui le fasse en 2025... ouais, ben, vous avez Alpha... Non, il n'y a aucun recul. C'est présenté tel quel. Les seuls personnages malades à avoir le droit à autre chose dans cette merde que d'être de simples silhouettes, sans chair et sans âme, sont un homosexuel et un toxicomane.
Ensuite, passe encore que les personnages secondaires soient inexistants, que le prof d'anglais joué par Finnegan Oldfield ne soit résumé qu'à son homosexualité, passe encore qu'Emma Mackey sert strictement à que dalle ici — si ce n'est foutre un nom sur l'affiche pour mieux vendre cet étron filmique à l'international —, par contre, le fait que l'ensemble ne creuse jamais les relations entre les trois protagonistes, ne les fait pas évoluer d'un iota, ne leur donne jamais de véritables motifs, ça ne passe vraiment pas du tout. La mère, interprétée par Golshifteh Farahani, se contente un coup d'être en colère, un coup d'être triste, un coup d'être en colère, un coup... L'oncle toxico, Tahar Rahim — en mode fumiste "j'ai perdu 37 kilos et demi pour ce rôle et j'ai étudié pendant trois ans ce que c'était d'être toxico séropositif durant les années 1980 tout en m'isolant dans une cabine en bois à 4000 mètres d'altitude pour ne pas être déconcentré par les vicissitudes insignifiantes de l'extérieur"— réussit l'exploit de cabotiner sur le même registre monocorde du début jusqu'à la fin. Quant à la jeune protagoniste... ben, je ne sais pas... il n'y a rien... alors que l’attente de deux semaines pour savoir si elle est atteinte ou non par le virus du film aurait pu apporter de la tension et de l'empathie autour de ce personnage, un putain de fil conducteur scénaristique... mais étant donné que cet aspect pourtant essentiel de l'intrigue est carrément foutu au dixième plan...
Vous foutez en plus des symboles (le marbre, le sable !), sans jamais prendre le temps de les intégrer au récit, de les approfondir, uniquement pour faire genre, et ajoutez à cela des musiques balancées aléatoirement... là, c'est la totale. On marche en plein — et pas du pied gauche — dans la caricature du film de festival chiant et boursouflé. Et non, Julia, plaquer la VIIe de Beethoven sur du vide ne rend pas ton final de merde de ton film de merde plus intelligent. C'est juste du Ludwig van sur du vide.
J'espère que pour son futur quatrième long-métrage, Ducournau pensera en priorité à l'écriture et au discours de fond au lieu de se sentir obligée de foncer à nouveau dans une prétention pourrie et creuse, qui ne fera que la desservir si elle s'obstine à s'y maintenir.