Pas facile d'entrer dans ce film. Au bout de cinq minutes, j'avais déjà envie de sortir. Il faut se la taper la première demi-heure. C'est comme si Cassavetes voulait tester notre endurance. Les personnages et le milieu dans lequel ils évoluent sont proprement insupportables à regarder et surtout, écouter. Rien que des fils à papa pétés de thune qui se la jouent gangsters avec leurs gueules d'anges, leurs jolis tatouages et leurs phrases bourrées de "fuck", "fucking" et "bitch". Ils ne parlent pas, ils aboient (le dog du titre ?) et c'est à qui hurlera le plus fort. Leurs seules occupations semblent être de faire la fête, se droguer, boire de l'alcool et dealer.

Une fois qu'on a réussi à passer ce cap d'immersion dans cette mare nauséabonde et qu'on commence à en voir émerger les principaux personnages, on peut commencer à s'intéresser à leurs relations et à sentir poindre le début d'une histoire.

Celle-ci, basée sur l'affaire Jesse James Hollywood (Johnny Truelove dans le film), est très simple : Jake Mazursky (Ben Foster) doit un peu d'argent (1200 $ en vrai) à son pote d'enfance dealer Johnny Truelove (Emile Hirsch). Pour accélérer le remboursement qui tarde trop, Truelove kidnappe sur un coup de tête Zack (Anton Yelchin), le jeune (15 ans) demi-frère de Mazursky. Zack est confié à la garde de Frankie (Justin Timberlake). De manière inattendue, Zack se plaît bien chez Frankie, sympathise avec tout le monde et ne veut plus rentrer à la maison. Pendant ce temps, Truelove est menacé de mort par le grand frère de Zack et il apprend par son avocat qu'il risque la prison à vie pour enlèvement et séquestration. Un engrenage fatal se met en route...

L'histoire commence donc vraiment au bout d'une demi-heure environ et gagne peu à peu en intérêt jusqu'à sa conclusion tétanisante. Dire que ça va mal se terminer n'est pas spoiler, car on s'en doute dès le kidnapping.

Alpha Dog est un drôle de film, audacieux et bien construit. Un peu comme The Social Network, on a affaire à des personnages formidablement antipathiques - et même répugnants dans Alpha Dog - et pourtant, on accepte de les suivre et on est curieux de savoir ce qui va leur arriver. On ne s'y attache pas pour autant, mais ils nous entraînent avec eux. On fait d'abord connaissance avec Truelove et Mazursky, puis avec Frankie et Zack.

Malgré une entrée en matière hautement rébarbative, Alpha Dog réussit donc à passionner et à nous intéresser à ses personnages et à leurs relations. Comme pour The Social Network, je trouve ça très fort, parce que, comme on dit, "C'était pas gagné.". Si on réussit à passer l'épreuve de la première demi-heure, on est récompensé.

L'atmosphère est essentiellement nocturne, toute cette faune ne dormant pas beaucoup. Les deux premiers tiers sont débordants de bruit et de violence, mais le dernier tiers est paradoxalement plus calme et empreint de gravité tandis que l'histoire se dirige vers son dénouement tragique.


La bonne surprise du film, pour moi, est l'interprétation. A part Ben Foster, aucun acteur ne m'attirait dans le casting. Je ne connais pas Anton Yelchin, je ne connais Justin Timberlake que par The Social Network et Emile Hirsch ne m'a pas encore impressionnée.

Ben Foster en Jake Mazursky est... mémorable. En dealer juif hystérique fan d'Hitler et drogué jusqu'aux yeux, il est la grande attraction du début du film et laisse quelques scènes d'anthologie, comme ce combat de kung fu de folie ou son licenciement mouvementé (c'est le seul qui travaille). D'ailleurs, un des reproches que je fais au film, c'est d'avoir fait complètement disparaître ce personnage aux deux tiers du film. Nombreux sont ceux qui, comme moi, auraient voulu savoir ce qu'il était advenu de lui.

Foster, acteur excessif et charismatique, on en est fan ou pas. En tout cas, il fait un grand numéro, parfois il est vrai à la limite du ridicule.

Celui qui m'a le plus impressionnée et surprise, c'est Justin Timberlake. Il est vraiment excellent, d'une justesse à toute épreuve et réussit brillamment à rendre son personnage crédible et humain. Grâce à son jeu très subtil, il arrive à montrer toutes les facettes de Frankie, personnage moins superficiel et creux qu'il n'y paraît. Il y a le Frankie fêtard et boute-en-train du début, et on découvre ensuite un Frankie plus réfléchi, raisonnable et sensible qui réalise dans quel cauchemar inextricable il se retrouve embarqué. Une bien belle interprétation, riche et nuancée.

Enfin, il y a Anton Yelchin que je ne connaissais pas. Zack est un ado en pleine rébellion. Son enlèvement et sa séquestration vont pour lui être l'occasion de vivre trois jours de fête et d'insouciance loin de sa mère surprotectrice. C'est la seule lumière de ce film sombre. Il traverse le film avec une grâce et une innocence qui contrastent fortement avec la noirceur de la faune qui l'entoure. Grâce à lui et Timberlake, la fin a l'intensité d'une tragédie.

L'affiche m'amuse un peu. Elle montre trois femmes, alors qu'elles n'ont aucune importance dans le film. On voit juste un peu plus Sharon Stone. Mais les autres ne jouent que des rôles anecdotiques - elles ne sont que des témoins - et peu valorisants dans l'histoire. En revanche, les six personnages masculins - en exceptant Bruce Willis- jouent des rôles essentiels. C'est donc un film de mecs.

Créée

le 5 août 2026

Critique lue 3 fois

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