« C’était vraiment très embarrassant »

Figures de proue de l’humour Canal de l’âge d’or, Nicolas et Bruno ne donnaient plus de nouvelles du côté du long métrage depuis presque 13 ans. Les voilà de retour avec une nouvelle variation sur le thème du double, déjà abordée dans La personne aux deux personnes, mais dans un dispositif moins fantasque et plus crédible où un individu se retrouve confronté à une figure de double en la personne de son nouveau voisin.


La malice du concept tient à ce que la similitude ne soit perçue que par lui, et que le récit s’échine principalement à noter les différences entre ces deux personnages joués par le même comédien. Alex, dévoré par la jalousie, voit en Axel la meilleure version de lui-même. Sportif, dévoué, sociable, heureux dans son couple, performant professionnellement, soit l’image même renvoyée par le langage publicitaire ou les réseaux sociaux, mais dans le jardin d’à côté, et insupportable de gentillesse à son égard. De quoi exacerber la médiocrité méchante d’un individu qui va s’échiner à saboter le modèle pour garder sa place, quand tout le monde autour de lui semble enchanté de cette présence évidemment trop idéale pour être honnête. En découle de nombreuses scènes d’embarras et d’oppositions, renvoyant un homme auparavant heureux à un miroir lui laissant penser qu’il s’est laissé aller et a vécu dans l’illusion, à l’abri des contraintes de la concurrence et l’injonction à être la meilleure version de soi-même.


L’efficacité de la comédie réside bien entendu dans l’incarnation de Laurent Laffite, à qui l’on offre un double rôle en or. Le comédien, qui a toujours particulièrement apprécié jouer les médiocres et la méchanceté crasse, excelle dans la partition à laquelle il oppose en alter ego une satire mordante de la réussite éclatante. Sa présence a tendance à écraser celle des autres, alors que les seconds rôles sont souvent tout aussi savoureux, particulièrement dans les rôles de l’épouse (Blanche Gardin), le collègue (Marc Fraize) ou la patronne (Zabou Breitman, moustachue) et la place accordée à la mythique COGIP du Message à caractère informatif.


Dans un récit que ne renierait pas Dupieux, le double discours, même s’il patine un peu par moments, associe avec efficacité la charge parodique sur la médiocrité ambiante tout en allant croissant dans la fable délirante, lâchant la bride d’une fuite en avant de plus en plus grotesque. Une habile manière de déchirer le voile des apparences et pulvériser la vitrine de respectabilité d’un capitalisme dévorateur.

Sergent_Pepper
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Rumeurs Cannes 2025, Vu en 2026, Vu en salle 2026 et Les meilleurs films français de 2026

Créée

le 9 mars 2026

Critique lue 4.5K fois

Sergent_Pepper

Écrit par

Critique lue 4.5K fois

57
7

D'autres avis sur Alter Ego

Alter Ego

Alter Ego

5

Eric-Jubilado

le 9 mars 2026

Suivre

Beauf ? Bof !

Quand on lit les critiques élogieuses sur Alter Ego, le nouveau film de ces fameux Nicolas & Bruno (que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, n'étant pas adepte de la télévision), on salive d'avance : on...

Alter Ego

Alter Ego

7

Indiana-Marcel

le 4 mars 2026

Suivre

Je est un autre

Alter Ego, de Nicolas Charlet et Bruno Lavainne, est une comédie originale qui joue sur le malaise, l’absurde et l’humour noir. Pour situer l’esprit du film, on peut penser à L’Origine du monde de...

Alter Ego

Alter Ego

8

BenoitRichard

le 5 mars 2026

Suivre

Laurent Lafitte au sommet de son art !

Le premier long métrage de Bruno Lavaine et Nicolas Charlet, plus connus sous le nom de Nicolas & Bruno, s’intitulait La Personne aux deux personnes. Près de vingt ans plus tard, – entre temps,...

Du même critique

Lucy

Lucy

1

Sergent_Pepper

le 6 déc. 2014

Suivre

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de...

Once Upon a Time... in Hollywood

Once Upon a Time... in Hollywood

9

Sergent_Pepper

le 14 août 2019

Suivre

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

Her

Her

8

Sergent_Pepper

le 30 mars 2014

Suivre

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...