Avec « Americano », Mathieu Demy signe un film aussi personnel que frustrant. En lui attribuant la note de 5/10, je traduis un sentiment de demi-réussite : celle d'une œuvre sincère dans son projet, mais incapable de le porter avec la force et la clarté qu'il exigeait.
Dès les premières scènes, le film affiche ses intentions : explorer un deuil intime à travers un voyage intérieur teinté de souvenirs flous. Le point de départ est prometteur, d’autant que Demy s’inscrit dans la continuité du cinéma de ses parents — Agnès Varda en tête. Mais rapidement, « Americano » montre ses limites. La narration avance en pointillés, sans véritable tension dramatique ; les enjeux émotionnels sont esquissés, jamais creusés. Ce qui aurait pu être une quête poignante se dilue dans une succession de scènes molles, où la pesanteur émotionnelle tourne à vide.
La mise en scène, discrète au point d’en devenir anonyme, ne parvient pas à dynamiser un récit qui semble hésiter sur la direction à prendre. On sent que Demy veut capter l’indicible, l’entre-deux, le flottement ; mais il le fait sans proposer d’éclairage singulier, sans regard suffisamment acéré. Certaines séquences, notamment celles censées dévoiler la complexité des personnages secondaires, tombent dans une platitude gênante. Même la présence de Salma Hayek, qui aurait pu insuffler de l’énergie au film, reste sous-exploitée, engluée dans des dialogues lourds et prévisibles.
Visuellement, quelques fulgurances émaillent le parcours — notamment dans la représentation d’un Los Angeles crépusculaire — mais elles ne suffisent pas à masquer le manque d’audace globale. Musicalement, le film est plus inspiré, réussissant à poser une ambiance mélancolique juste, même si, là encore, l’ensemble paraît trop sage.
« Americano » ressemble ainsi à une esquisse : un autoportrait inachevé, comme retenu par la crainte d’aller vraiment au fond des choses. En tant que spectateur, on reste souvent en dehors, invité à observer une douleur plus intellectualisée qu’éprouvée.
En somme, Mathieu Demy livre ici une œuvre honnête mais inaboutie, où la pudeur vire parfois à l’effacement. Si cette première tentative cinématographique révèle une sensibilité réelle, elle laisse surtout l’impression que Demy n’a pas encore trouvé la voix — ni la voie — pour la traduire pleinement à l’écran.