Puissant ce docu. On aurait espéré un déballage sur l’ascension et la chute d’une star années 2000, on n’aurait pas pu avoir mieux. Sa mort étant récente, et sa carrière trop courte, je me demandais naïvement, avec quels matériaux ils ont put faire ce film. Pas grand-chose. Je pensais que ça serait l’enfer de récolter des archives. J’avais oublié qu’on est à l’époque du numérique, et que tout le monde à une caméra. Tous les parents du monde filment leurs enfants, et ce dès le plus jeune âge, sans compter les jeunes qui se filment entre eux à longueur de journée. Photos volées, photos données, paparazzi, famille, tout est filmé, gardé soigneusement. La soirée d’anniversaire entre copines. Filmée. La partie de billard dans un pub. Filmée. L’audition dans une Major du disque. Filmée, (l’un des rares moments de grâce du film). L’émotion est palpable, un moment crucial et banal à la fois, quand on connaît la suite. Le reste, c’est une longue agonie.


On dirait que tout a été filmé comme par magie, ou prédestination, mais chut…Les voies du destin sont impénétrables. Et le message, parce qu’il y en a un en sous-texte c’est : La célébrité c’est une drogue dure, jalouse et sans pitié avec ses victimes. La célébrité tue.
C’est ça le plus cruel, derrière tout ce déballage, se rendre compte qu’Amy ressemble de plus en plus à une victime, dans l’imaginaire collectif, et après ce film, ça va pas s’arréter. Victime de cette foutue célébrité après laquelle tout le monde court, le succès et son corollaire, chose après laquelle tout le monde court, sans même savoir les risques. Alors, rien ne nous est épargné, avis aux amateurs, salut aux voyeurs. Le portrait n’est pas flatteur, et le maquillage bave. Mère permissive, père plus ou moins absent, épisodes de boulimie enfantine, puis d’anorexie chronique, drogues en tout genre, mauvaises rencontres, succès…déchéance.


Une jeune auteur-compositeur londonienne, fan de jazz, est repérée par un chasseur de tête. Ça marche plus vite que prévu, et du jour au lendemain, elle devient une star internationale. Tout va trop vite. Bien trop vite, pour cette petite chanteuse bourrée de talent, certes, mais qui ne demandait qu’à faire des concerts dans des clubs de jazz, en toute intimité, avec les amis. Non. Le succès à horreur de l’intimité. Et visiblement, Amy n’était pas préparée à ça. Fragile psychologiquement, hypersensibilité, fuite dans les paradis artificiels, entourage…catastrophique. Tout était réglé dès le départ pour mourir jeune, et faire un beau cadavre, si on adopte le point de vue de la caméra, et de la légende urbaine. Quand on regarde la pochette de « Back To Black », on voit une punkette provocatrice, agressive, sûre de son talent. Quand on lève le voile, on voit une réalité toute autre. Et c’est là que le film devient intéressant. 

Sous le voile, une solitude sans fond, un imprésario qui ignore ouvertement les problèmes de sa chanteuse vedette, car les dates s’accumulent. Un père pas à la hauteur. Il refuse l’internement forcé pour la désintoxiquer, motif ? Elle a un album à préparer ( !) Minable. Petit ami parasite, et drogué. Jamais ils n’auraient dû se rencontrer ces deux là, j’appelle ça l’effet Bonnie and Clyde. Kaboum !
Tous minables, ils ne s’en rendent même pas compte, puisqu’ils ont donnés l’autorisation d’utiliser les bandes, et témoignent à l’écran. Pour eux, Amy était avant tout un tiroir-caisse. Et c’est vrai que quand on touche jusqu’à 1M$ par concert, même ton père à tendance à te regarder autrement. Comme un tiroir-caisse. Résultat ? Dépression, évidement. Coke, crack, amphétamines, etc. Pour tenir, pour ne pas flancher. L’image sulfureuse qu’on avait d’elle, était entretenue et amplifiée par les médias, fidèle à leur règle d’or :
On Lèche. On lâche. On lynche. (Vite !)
Puis on passe à quelqu’un d’autre. Comme je le disais au début, rien ne nous est épargné, jusqu’à l’ambulance qui vient chercher le corps. L’appartement à Ibiza. Et l’image à l’écran est toujours très frontale, comme sur une page de tabloïd. Ou une scène de théâtre dont on surprend des choses depuis les coulisses. Image sale, ou surexposée, plus le succès grandit, plus les gaffes s’accumulent, puis la presse applaudit. Jusqu’à cet auto-sabordage en plein concert, que je découvre, et qui m’a fait un frisson dans le dos. Pas préparée, et toute seule pour assumer. C’est ça aussi le succès. Idolâtrée et sacrifiée sans pitié, et aucun droit à l’erreur, car il y a trop d’argent en jeu. Et la vérité éclate au grand jour, Amy ne voulait pas être une star. Elle l’avoue à demi mot, naïvement. Mais elle l’est devenue, le mécanisme s’est emballé, et le piège s’est refermé sur elle.


Effrayant par moments, ce film. Si t’as envie de devenir une icône après ça, il y a deux hypothèses : Soit t’es fait pour ça, soit t’es inconscient…
La cérémonie des Grammy résume tout le film à elle toute seule. Beyoncé, affronte les caméras comme un mannequin vedette. Rihanna est sagement assise derrière Jay-Z, (on sait qui est le patron). Et Amy un peu gauche, qui s’extasie comme une gosse, parce qu’elle voit que Tony Bennet, le chanteur préféré de son père, est membre du jury (?) Une vraie gamine, qui n’a rien à faire dans la cour avec les lions. Pourtant elle gagne ! Rehab, chanson de l’année. Bravo ! Son naturel plaît. Tout le monde aime son côté borderline ; ce n’est pas une star fabriquée comme beaucoup, elle au moins, elle a du sang dans les veines. Mais le prix à payer est lourd. On ne peut pas conquérir Rome, et en même temps garder son âme, c’est comme qui dirait incompatible. Trop entière, trop électron libre, trop franche. Où est son coach bordel ? Où est la personne digne de confiance, qui peut la recueillir, l’écouter, conseiller, une fois les caméras éloignées. Les amies d’enfance d’Amy apparaissent. Mais elle les a écartées ( !) Erreur de jeunesse, qu’elle regrettera. Une de plus. Où est celui qui l’aurait aidé à franchir la dernière marche, pour passer du statut d’icône à star incontestée ? Là, t’es plus une icône, ou la sensation du mois. Quand t’es number one, t’es le patron. Et quand t’es le patron, Dieu en personne descend du ciel, pour te forcer à régler tes problèmes perso. Car il sait que ta mort serait une perte trop lourde, à tous les niveaux, et il n’aura pas envie d’avoir ça sur la conscience.
Fame is a killer

Angie_Eklespri
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le 7 janv. 2016

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Angie_Eklespri

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