Amis d'enfance aux rêves de cinéma désormais contrariés par une vie rangée ou une carrière en dents de scie, Doug et Griff décident de partir pour le Brésil tourner leur propre remake de "Anaconda" après que le deuxième ait miraculeusement réussi à en obtenir les droits. Mais rien ne va se passer comme prévu...
Sans doute par sympathie pour des heures bien plus glorieuses de comédies passées en compagnie de Jack Black et Paul Rudd, on faisait partie de ceux qui croyaient un minimum en cette idée d'offrir au petit plaisir coupable que représentait "Anaconda" à la fin des années 90 une renaissance méta axée humour, avec des héros bras cassés bien décidés à en offrir leur propre version. D'ailleurs, si ce concept avait émergé il y a plus d'une décennie, il y a fort à parier que quelqu'un aurait pu en tirer une comédie US génialement débile comme on les aime, avec ses gags politiquement incorrects et des seconds rôles hilarants (un Will Ferrell ou autre Carell en un improbable dresseur de serpents par exemple)... sauf qu'à quelques exceptions près, cette époque semble aujourd'hui révolue et tous les canons américains de ce type de film revus et corrigés par un prisme mainstream tenant autant de la fainéantise que du mercantilisme le plus facile.
Et que des acteurs comme Jack Black ou Paul Rudd aillent aujourd'hui s'y fourvoyer, sans doute conscients qu'ils vont plus se marrer durant le tournage ou la promotion que nous devant le résultat, les rend peut-être plus encore plus impardonnables que les concepteurs de ce genre de productions standardisées à l'extrême.
Car, si l'on y croit encore un peu durant l'exposition, où l'envie de renouer avec l'amour du cinéma devant un film tourné entre potes de jeunesse et la passion évoquée pour un film tel que "Anaconda" ne peut pas laisser insensible notre âme de cinéphile, cette version 2025 s'écroule presque instantanément dès les premiers pas des personnages au Brésil. Comme si le serpent géant éponyme tentait de s'enrouler autour du film pour y étouffer toute once d'humour un tant soit peu délirante, on assiste à un enchaînement de situations d'une platitude sidérante, où rien ne fonctionne que ce soit au niveau de l'humour (les 2-3 sourires possibles sont quasiment tous annihilés par le fait qu'ils aient été dévoilées durant la campagne promotionnelle), de l'histoire d'amitié téléphonée des héros (l'idée de la tromperie n'est qu'un prétexte en carton pour malmener une dynamique à laquelle on ne croit plus), d'une terriblement fadasse sous-intrigue de trafiquants d'or (pauvre Daniela Melchior qui paraît se demander ce qu'elle fait là comme nous) ou, et c'est le pire, des scènes du fameux monstre dont aucune ne se révèle mémorable par rapport au film d'origine (un comble, il est même fort probable que les suites DTV ont au moins essayé d'être plus généreuses sur ce point malgré leurs budgets risibles).
Au milieu de Jack Black et Paul Rudd gesticulant vainement des esquisses de rôles qu'on ne leur connait que trop bien (Thandie Newton devait sérieusement avoir besoin de vacances pour s'être laissée embarquer là-dedans), "Anaconda" 2025 réussira même le tour de force de nous achever par deux apparitions fugaces de têtes connues propres à son modèle et utilisées encore plus paresseusement que le reste.
Quand absolument rien ne marche à ce point, il vaut peut-être mieux laisser les anacondas dormir en paix sur leurs maigres lauriers et sa caméra chez soi. Comme pour les protagonistes du film et ceux qui les ont imaginés autour de ce concept, il y a des rêves de "cinéma" qui doivent parfois rester tus.