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Passé le visionnage, que reste-t-il d’Anatomie d’une chute ? Un intellectualisme démonstratif, des qualités dans le portrait psychologique, mais surtout l’impression d’avoir assisté à une tentative de légitimation esthétique. Fallait-il, après un Victoria en dents de scie, remettre le couvert sur la forme « procès » ? Bien sûr, on accueille toujours avec enthousiasme une machine de déconstruction critique, surtout quand elle démystifie la soi-disant recherche de vérité menée par l’institution judiciaire – la mise en scène préparée des témoignages ou l’agression rhétorique contre l’accusée en illustrent avec brio la fausseté. Mais le film s’enferme dans une pédagogie lourdaude et démonstrative : ainsi de Marge, qui conseille à Daniel, face à l’incertitude, de choisir ce qu’il veut croire. Clin d’œil métaphorique au spectateur : le procès ne permet jamais l’élaboration d’une vérité ; il choisit une fiction qu’il consacre en vérité*. Idem pour le parallèle avec le théâtre, néanmoins plus discret, quand la caméra suit l’avocat de l’accusation s’emparer de la scène ou qu’elle s’attarde sur ce public avide de spectacle. Se pourrait-il que l’institution se mette en scène pour légitimer sa violence ? Qui l’eût cru ?
Reste le portrait psychologique de Sandra – cette romancière allemande accusée d’avoir tué son mari. Le film trouve un entre-deux bienvenu, quand la critique de la scène judiciaire permet d’investir les émotions de Sandra. On pense à la violence qui s’imprime par moment sur son corps : ce plan avec Daniel en amorce et elle, reléguée à l’angle droit, dans le banc des accusée, qui doit répondre sur ses tromperies conjugales. Ses coups d’œil disent assez sa honte pour en éprouver toute la violence. Il y a aussi ce silence avec son avocat, quand ils se retrouvent au restaurant après la victoire. Un silence amoureux mais empêché. Enfin, le film semble nous faire une place. On devine ce qui empêche leur baiser mais on ressent leur désir tremblant. On le ressent d’autant plus qu’il est empêché.
Pour ces moments, il aura fallu lutter avec le film. Lutter contre ses démonstrations pédagogiques et sa parole continue**, certes nécessaires à sa charge critique, mais qui freinent l’investissement affectif.
Passé le visionnage d’Anatomie d’une chute, que reste-t-il ? Du blabla et un silence.
* Si on voulait insister, on mentionnerait le parallèle entre l’allégorie de la justice aveugle et Daniel qui est malvoyant. Heureusement, on ne veut pas.
** Sur ce point, et pour être honnête, on veut bien montrer une certaine prudence. La parole continue dont il est question démontre bien sûr les stratégies rhétoriques des avocats, mais elle montre aussi l’impuissance générale de la parole à dire le vrai ; d’où la beauté du silence final, entre Sandra et son avocat, qui raconte bien plus que n’importe quel procédé discursif. In fine, les deux seraient indissociables.
Créée
le 26 févr. 2025
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