Notre note est neutre et ne reflète rien. L'article comporte plusieurs spoilers.
Recueil collectif rédigé en l’honneur d’un poète mort, les Tombeaux poétiques semblaient être tombés en désuétude depuis la fin du XIXe siècle. Trues Lies nous apprend deux choses : la tradition des Tombeaux existe encore et Schwarzenegger en aura bénéficié de son vivant. La différence, c’est que Cameron se retrouve seul à la barre, en tant que scénariste et réalisateur, et que manifestement, il préfère les spots publicitaires à la poésie.
Soi-disant banal représentant en informatique, Harry Tasker mène en réalité une double-vie d’agent secret pour une organisation de lutte anti-terroriste. Un jour, après avoir appris que sa femme le trompe, il décide de mettre en place un stratagème afin d’élucider la vérité. De ce dispositif scénaristique, Cameron tirera d'abord le portrait psychologique d’une quadragénaire hantée par son vide existentiel. Lors d’une scène de strip-tease – quand Helen se dénude sans le savoir devant son mari – la mise en scène révèle ses maladresses pour se réapproprier un corps usé par des années de routine conjugale, mais aussi son excitation érotique face à la séduction de l’inattendu.
Malheureusement, le film sacrifiera son personnage pour lui préférer le spectacle d’un Arnold Schwarzenegger en père de famille tout puissant. Rien ne lui résiste : ni ses problèmes de couple*, ni le sauvetage de sa fille. Le comique ne le prend jamais pour cible, si ce n’est pour souligner une virilité paternaliste** qui lui permet in fine de vaincre ses adversaires, et les scènes d’action ne le poussent jamais dans ses retranchements . À la place, le film nous demande de jouir de sa pyrotechnie sans enjeu, que Cameron ne s’attache à filmer que comme célébration du protagoniste.
La séquence d’ouverture augurait pourtant la possibilité d’une mise en défaut d’Arnold Schwarzenegger : tandis que son personnage fuit pour échapper aux chiens, la caméra capte les difficultés de son corps herculéen à se mouvoir dans l’espace. Parce qu’on ne trimballe pas cent kilo de barbaques sans que ça ne porte à conséquence. Sauf dans True Lies, qui n’entrevoit même pas le potentiel conflictuel à tirer de cet extraordinaire physique. Pire : il le cache. En plaçant Schwarzenegger sur un cheval ou dans un avion de chasse pour l’empêcher de courir. En posant un ralenti lorsqu’il saute devant son explosion, pour mieux célébrer la quintessence d’une virilité intouchable. Rappelons que le film n’a pas l’excuse de la comédie : ses plaisanteries confortent cette virilité ; ni de l’époque : McTiernan et Lumet, entre autres, étaient déjà passés par là. On aurait peut-être pardonné au film s’il avait proposé une véritable conflictualisation. Mais hélas, rien ne l’intéresse que son produit d’appel : Arnold Schwarzenegger, fier et vaillant, face à la menace terroriste. True Lies aura moins eu le mérite de rappeler qu’à défaut d’être un bon cinéaste, Cameron est un bon communiquant.
* Comment en pourrait-il être autrement ? Le personnage de Jamie Lee Curtis est relégué au rang de potiche sans cervelle jusqu’à la fin du film.
** Pensons au dragueur, incarné par Bill Paxton, ridiculisé pour être un lâche qui se pisse dessus. Ou l’antagoniste principal, émasculé par le fuselage de l’avion. Mais évitons de parler de représentation politique : on aurait du mal à rester poli.