Plusieurs éléments m’ont laissée à distance : une esthétique appuyée jusqu’à l’épuisement, des symboles lourds, un sous-texte constamment surligné, et des personnages étonnamment creux malgré la solidité des acteurs. Le thème central — l’hérédité — finit d’ailleurs par se retourner contre le réalisateur, lui-même fils d’un acteur reconnu.


Ronan vient de la peinture, et cela se voit : chaque plan est composé comme une toile. Les cadres sont soignés, les lumières travaillées, l’image maîtrisée. Mais un beau tableau ne suffit pas à faire un grand film. Les quinze minutes de silence en ouverture, censées installer la gravité du propos, paraissent interminables. Le ton est clair dès les premières minutes : nous sommes dans un drame. Inutile d’insister avec autant d’emphase sur le mutisme existentiel.


Le film empile les thématiques — PTSD de guerre, scandale ecclésiastique, honte, fuite dans la nature — sans jamais leur laisser l’espace de respirer. La souffrance est montrée, puis répétée visuellement, musicalement et verbalement. La colère du fils face à l’absence du père — figure remplacée par l’oncle — est martelée jusqu’à saturation. Le sous-texte devient texte, puis slogan. Le spectateur est guidé avec insistance, comme si l’on craignait qu’il ne comprenne pas. Cette lourdeur finit par écraser toute subtilité.


Le véritable drame du film réside peut-être dans la vacuité de ses personnages. Ils manquent d’épaisseur, de contradictions, de zones d’ombre. Les dialogues paraphrasent ce que l’image a déjà exprimé, parfois de manière maladroite. Malgré des acteurs indéniablement talentueux, l’attachement ne prend pas. Les figures féminines, en particulier, semblent périphériques : une mère réduite à rappeler l’absence du père, une jeune femme esquissant une romance sans enjeu véritable. Faute de matière, les comédiens paraissent parfois surjouer pour insuffler une densité que le scénario ne leur offre pas.


La musique elle aussi, parait tenter de combler le vide émotionnel, sans y parvenir. A force d'insister, elle finit par souligner ce qu'elle essaie de masquer : l'absence de véritable tension dramatique. La musique alterne sans prévenir entre silence pesant et envolées tonitruantes, comme si le volume devait compenser le manque d'émotion.


Le film interroge l’hérédité et la transmission. Le fils hérite de la colère du père ; le réalisateur, en revanche, ne semble pas avoir hérité de son talent. Cela pose une question plus large : peut-on devenir cinéaste parce qu’on est acteur — ou fils d’acteur ? L’opportunité se transmet plus facilement que le génie. Un premier film bénéficie parfois d’une attention initiale qui tient davantage au nom qu’à l’œuvre — comme ces minutes d’indulgence spontanément accordées à ceux que l’on trouve beaux : un privilège, pas nécessairement un mérite.


Hayao Miyazaki rappelait à son fils Goro que la création exige une maturité qui ne se décrète pas. Le talent ne se transmet pas génétiquement. Si la reproduction des élites est souvent une réalité économique, elle ne garantit rien sur le plan artistique.

Lou-Koum-Flou713
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le 25 févr. 2026

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