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Seuls au monde
Tout commence dans un silence.Les arbres dansent sous un ciel plombant.C'est sous ces feuilles vertes que le personnage de Daniel Day-Lewis vit reclus de toute civilisation depuis de nombreuses...
le 28 févr. 2026
Tout d’abord commençons par ce qui va bien dans ce film : une photographie contrastée, des mouvements fluides, quelques plans de la nature de toute beauté. Voilà. Tout le reste est problématique.
Un film de Ronan Day-Lewis, fils de Daniel Day-Lewis et Rebecca Miller. A 27 ans il sort son premier film co-écrit avec papa et dans lequel papa joue le premier rôle. Nul doute que c’est uniquement dû à son grand talent et à un scénario de dingue que le papa multi-récompensé a accepté de revenir sur les écrans après une pause de huit ans, sinon ça serait une nouvelle fois un exemple de népotisme bien malvenu dont les exemples se multiplient malheureusement un peu trop au détriment de gens qui ont tout autant de choses à nous dire mais ne bénéficient pas des connexions parentales.
Le film ouvre sur des dessins d’enfants illustrant les « troubles » qui ont sévit en Irlande du Nord dans les années 70 avec son lot de colonisateurs Britanniques et le peuple Irlandais qui se fait massacrer. On apprendra bien plus tard dans le film le lien avec les personnages. Puis une forêt dense filmée de manière zénithale et enfin un travelling vers un homme coupant sauvagement du bois à la hache devant une maisonnette dans la forêt. C’est lui : DD-L, de dos, ne montrant pas encore son visage… Une prière retentit, c’est Sean Bean qui prie pour que Dieu l’accompagne. On le voit lui aussi de dos, en intérieur, agenouillé devant une croix, avec en tatouage sur les épaules : « seul Dieu peut nous juger ». Quelques plans volontairement flous plus tard, cet homme priant se retrouve au chevet d’un homme jeune et il lui annonce qu’il va partir… Gros plan sur la main tuméfiée du jeune homme. Puis les adieux à une femme, puis la route en moto, en s’enfonçant de plus en plus dans la nature jusqu’à ne plus pouvoir avancer qu’à pied. Sean Bean sort un papier : « Anemone, brisez la vitre en cas d’urgence ». Ce sont en fait les coordonnées de la cabane de l’homme qui coupait du bois.
Tout cela dure 15 longues minutes pendant lesquelles mon pauvre cerveau anémié tournicotait tout un tas de questions style : c’est qui ces types, c’est quoi leur lien, pourquoi le jeune a des phalanges tuméfiées, pourquoi le type qui a l’air de vivre en pleine forêt se sent menacé quand quelqu’un approche, pourquoi cette omniprésence de Dieu, vais-je tenir pendant 2h ce film qui n’a rien dit au bout de 14 minutes ? Et c’est bien là le plus gros problème de ce film, c’est qu’il est destiné à être projeté dans des festivals où quelques pseudo-élites cinéphiles viendront s’ébaubir devant l’inutile complexité d’une histoire qui est pourtant très simple.
Pour vous éviter de perdre votre temps voici l’histoire remise dans l’ordre.
Deux frères, Daniel Day-Lewis(Ray) et Sean Bean (Jem) ont eu une éducation religieuse dans des établissements où, évidemment, Ray a été violé par un prêtre, mais apparemment pas son frère. Ceci nous est décrit par Ray dans un monologue pompeusement vulgaire d’une dizaine de minutes au bout de 30 mn de films. Les deux frères sont appelés ensuite à faire régner l’ordre en Irlande du Nord vraisemblablement dans les années 70. Ray est dans une zone où l’I.R.A. est particulièrement active. Il devait surveiller une ferme avec son unité. Des Irlandais suspectés d’appartenir à l’I.R.A. sont dans la salle de traite quand une bombe explose. Des cris retentissent et Ray décide de s’approcher de la ferme en ruine au lieu de simplement reporter l’incident à la hiérarchie. Il découvre un jeune en miettes en train de mourir, il l’achève pour ne plus l’entendre gueuler. Du coup il sera accusé de crime de guerre, expertisé comme instable, dégagé de ses obligations militaires. Il revient chez lui, sa femme tombe enceinte mais lui ne supporte plus cette petite vie tranquille et se barre loin dans la forêt, loin des hommes pendant que son frère console sa femme et élève son fils. Vingt ans plus tard le fiston a massacré un de ses camarades au lycée avec ses poings car il est animé d’une colère depuis tout petit car abandonné par son père qui était jugé comme meurtrier. C’est pour apaiser la colère de ce jeune que Jem va chercher son frère Ray, pour que le lien se fasse à nouveau entre le fils et le père (et aussi Dieu sûrement) car c’est là que se trouvera l’apaisement. Ray ne veut pas trop se reconnecter à la société mais une nuit il voit une sorte de girafe translucide luminescente qui a le visage de son fils alors il se dit qu’il devrait revenir. Du coup après une énorme averse de grêle, les deux frangins se battent dans la boue avant de prendre la moto. Heureusement Jem a prévu un deuxième casque pour le trajet et du coup Ray pourra venir débiter ses grossièretés en zone pavillonnaire.
Très pompeux ce premier film, des plans trop longs, des monologues trop longs, une alternace mal jaugée entre très longs silences et trop longs dialogues. Malgré le peu de personnages il n’y en a que pour Daniel Day-Lewis, Sean Bean servant tout juste de faire-valoir, le fils a juste fonction de déversoir à ses dépens de la colère et frustration accumulées depuis des années. La mère fait ce qu’elle peut et subit. Daniel Day-Lewis est en surjeu constant, intensément profond, intensément vulgaire, intensément violent, intensément révolté contre la société dont il ne veut pas être la victime puisqu’il s’en venge quand il peut sans avoir recours au jugement des hommes. Les passions des hommes sont perdues au milieu d’une nature forte et hostile qui nourrit autant qu’elle peut tuer. Cette succession de clichés sur les relations père-fils, Dieu et les hommes, nos actions et leurs conséquences sur nos proches autant que sur nous-mêmes, la résilience, la rédemption, l’individu et ce qui le dépasse : la nature, le divin, la politique.
De meilleurs films à voir : sur le passé qui ronge un homme jusqu’à détruire sa vie : Crossing Guard. Sur la difficulté de la relation père-fils et la reconnexion toujours possible à n’importe quel âge : Nebraska. Sur l’héritage qu’un père peut vous laisser, ce qui tient de l’inné ou de l’acquis : Tel père, tel fils.
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le 28 oct. 2025
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