Après la martyrologie du quatrième opus, Angélique et le sultan offre à la saga une conclusion flamboyante, transpose habilement ses thématiques dans le désert, espace abstrait révélateur de l’égarement, des combats et des valeurs des deux protagonistes séparés par les circonstances depuis le premier film. L’hommage évident à Lawrence of Arabia (David Lean, 1962), sorti en France six ans plus tôt, se ressent par l’esthétisation des paysages et des figures qui le parcourent : un magnifique travelling avant vient capter le visage d’Angélique parmi des étendues rocailleuses et semble interroger, quelques secondes durant, le statut de son héroïne dans un univers tout aussi hostile que la cour de Louis XIV. En cela, la séparation des amants ouvre sur des actions collectives mais strictement séparées : Jeoffrey de Peyrac se lie d’amitié avec un galérien puis retrouve, dans un geôlier, un familier avec lesquels s’évader et négocier l’affranchissement de son amante ; Angélique, avec l’aide d’Osman Ferradji, dernier homme à se sacrifier au nom de son amour, quitte le harem pour reconquérir sa liberté.
La clausule surprend par sa grossièreté, mais constitue un point final contraint qui n’intéresse que peu Bernard Borderie : le couple initial vaut pour sa mise à l’épreuve et pour les relations que cette dernière fait naître, projetées dans des étendues désertiques qui disent toutes les luttes, contiennent toutes les souffrances, font naître tous les mirages. Une très belle réussite, bien plus aboutie et profonde qu’il n’y paraît.