Animale
6.1
Animale

Film de Emma Benestan (2024)

S'essouffle sur le terrain de la vengeance

Avec Animale, Emma Benestan sculpte un récit où l’émancipation féminine se mêle à une métamorphose intérieure et physique, dans un univers empreint de traditions et de violences masculines.

Nejma, héroïne lumineuse et farouche, s’entraîne au sein des manades camarguaises, un bastion masculin où la tauromachie est l'occupation principale. À travers cette lutte pour trouver sa place dans un monde d’hommes, le film déploie une métaphore puissante : le taureau, symbole de force brute et d’oppression, devient l’adversaire que Nejma doit apprivoiser pour affirmer son identité.

Emma Benestan choisit une esthétique sensorielle et immersive, mêlant réalisme et fantastique pour brouiller les frontières entre allégorie et tangible. Les métamorphoses de Nejma, littérales et psychologiques, évoquent une féminité qui défie et renverse les structures oppressives. Le montage, vibrant, épouse les battements du cœur de son héroïne, reflétant une progression psychologique où l’affirmation éclatante de soi cède peu à peu sa place à une quête vangeresse.

Le travail sonore, lui, magnifie cette lutte intérieure : les mugissements des taureaux, le souffle et les pas se fondent en une ambiance oppressante. Ces éléments sonores, mêlés à une bande originale minimaliste, instaurent une tension continue.

Là où Animale échoue, c’est dans sa quête de vengeance, qui semble désignée comme le chemin évident vers la libération. Le film sous-entend que la résolution des maux de Nejma réside dans un acte cathartique, mais c’est ailleurs que la délivrance s’opère : dans la parole, dans la confession. Selon moi, elle porte en elle une vérité plus bouleversante et réparatrice que les élans de revanche qu’on lui prête.

Ainsi, le film trouve sa force dans l’intime, dans les regards et les silences, mais s’essouffle dès qu’il s’aventure sur le terrain de la vengeance, comme si cet affrontement-là ne lui appartenait pas tout à fait.

cadreum
7
Écrit par

Créée

le 8 janv. 2025

Critique lue 701 fois

cadreum

Écrit par

Critique lue 701 fois

11

D'autres avis sur Animale

Animale

Animale

7

Cinephile-doux

le 25 oct. 2024

Suivre

Taureau magie

Native de Montpellier, Emma Benestan enchaîne après une comédie sétoise (Fragile) avec un western camarguais qui penche fortement vers le fantastique. La taureau magie agit à plein dans ce deuxième...

Animale

Animale

8

Spectateur-Lambda

le 2 déc. 2024

Suivre

Critique de Animale par Spectateur-Lambda

L'histoire d'une jeune fille qui veut se faire une place dans le milieu très, pour ne pas dire exclusivement masculin de la tauromachie, ou plus exactement de la course camarguaise. On a déjà vu des...

Animale

Animale

8

Krokodebil

le 18 déc. 2024

Suivre

Tauromorphosée

J'aimerais écrire quelques mots au vol sur ce film que j'ai vu hier soir et au sujet duquel je m'étonne qu'on en ait pas plus parlé.Dans une année où The Substance a monopolisé l'attention côté...

Du même critique

Bugonia

Bugonia

8

cadreum

le 28 sept. 2025

Suivre
Dernière modification

le 2 déc. 2025

Eddington

Qui est le film ? Bugonia est la transposition par Lanthimos d’un matériau coréen. Le film reprend librement la structure de Save the Green Planet! (2003) et s’en fait une réécriture en anglais. Le...

Wicked

Wicked

7

cadreum

le 1 déc. 2024

Suivre

Réinvention imparfaitement sublime de Oz

Dans l’écrin chromatique du pays d’Oz, Wicked déploie un tableau où le familier et la ré-inventivité se répondent. Les palais scintillent d’émeraude, les prairies s'étendent, et les costumes...

Jouer avec le feu

Jouer avec le feu

3

cadreum

le 31 janv. 2025

Suivre

Dangereuse représentation de la radicalité

Dans "Jouer avec le feu" , Pierre, cheminot veuf, n’a que ses mains pour travailler, que ses principes pour tenir debout. Il a élevé ses fils dans l’idée d’un monde juste, où la lutte ouvrière et la...