Un fils kidnappé, une campagne en danger et beaucoup trop de secrets dans le coffre.

Quand un candidat à la mairie de Los Angeles voit son fils kidnappé, il découvre rapidement que la politique, c’est formidable… jusqu’au jour où quelqu’un vous demande de payer la rançon avec autre chose que des promesses électorales.

Avec "Animals", Ben Affleck revient derrière et devant la caméra dans un thriller qui mélange enlèvement, politique, secrets de famille et dilemmes moraux. Il incarne Mark Kimball, candidat à la mairie de Los Angeles, dont la campagne s’effondre lorsque son fils est enlevé. Avec Kerry Washington dans le rôle de son épouse Abigail, Gillian Anderson en mystérieuse spécialiste des rançons et Steven Yeun dans un rôle important, Affleck réunit une distribution qui avait largement de quoi faire monter la température. Un bon casting prometteur pourtant, mais alors pourquoi la mayonnaise ne prend pas trop ?

Ce qui m’a plutôt plu, c’est l’idée de départ. L’enlèvement ne sert pas uniquement à lancer une course contre la montre : il permet de confronter Mark à ses propres convictions. Le personnage défend publiquement certaines valeurs progressistes, mais se retrouve soudain plongé dans une situation où la morale devient nettement moins confortable. Et comme chacun sait, les principes sont toujours magnifiques tant qu’ils ne viennent pas frapper à la porte avec une facture de plusieurs millions de dollars.

J’ai trouvé Ben Affleck plutôt convaincant dans cette position d’homme politique qui tente de conserver le contrôle alors que sa vie privée part progressivement en morceaux. Son personnage reste volontairement ambigu, et c’est cette dimension qui m’intéresse le plus. Je regrette simplement que le scénario n’aille pas toujours aussi loin que ses bonnes idées.

Le film fonctionne davantage lorsqu’il se concentre sur le dilemme familial que lorsqu’il veut multiplier les ramifications. À plusieurs reprises, j’ai senti le scénario vouloir ajouter une nouvelle couche : politique, argent, immigration, secrets conjugaux, rapports de pouvoir… À force de vouloir mettre tout le buffet sur la table, certaines intrigues finissent malheureusement par manquer d’espace pour respirer.

Kerry Washington apporte de l’intensité à Abigail, tandis que Gillian Anderson réussit à attirer immédiatement mon attention dès qu’elle apparaît. Son personnage de Dayle Burton possède ce petit parfum de mystère et de froideur qui lui va particulièrement bien. Quel dommage de ne pas avoir développé ce personnage de Gillian Anderson à son maximum ! C'est un des points qui m'a déplu le plus. De même avec Steven Yeun qui commence à devenir une bête de plateau depuis le temps. Je pense sérieusement que Ben Affleck commence déjà à penser à soi plutôt que de développer ses personnages secondaires. Très très grave erreur... Poto Benny ! J’aurais toutefois aimé également que certains personnages secondaires soient davantage développés au lieu de rester coincés dans les couloirs du scénario avec leur petite pancarte « potentiel inexploité ».

La mise en scène de Ben Affleck est globalement efficace. Je retrouve son goût pour les thrillers assez classiques, construits autour de personnages confrontés à une situation qui les dépasse. Les lieux de Los Angeles participent également à l’ambiance, même si la photographie m’a parfois semblé étonnamment sage pour une histoire qui aurait pu profiter beaucoup plus de la ville. Certains critiques ont justement reproché au film son aspect visuel assez plat.

Le rythme est également inégal. Je n’ai pas trouvé le film catastrophiquement lent, mais certaines scènes domestiques et certains développements politiques cassent régulièrement la tension. J’aurais aimé ressentir davantage cette sensation d’urgence que devrait provoquer un enlèvement. Le film me demande parfois de patienter alors que, normalement, quelqu’un vient quand même de kidnapper un enfant. Niveau tranquillité d’esprit, on a connu mieux.

Le scénario constitue donc pour moi le principal problème. Je trouve l’idée intéressante, les enjeux sont potentiellement forts et plusieurs scènes fonctionnent bien, mais l’ensemble manque de cohésion. Les différents thèmes ne s’emboîtent pas toujours naturellement et certaines révélations semblent davantage destinées à relancer artificiellement l’intrigue qu’à véritablement approfondir les personnages.

J’ai également eu du mal à ne pas penser à d’autres films de kidnapping. L’histoire rappelle notamment High and Low d’Akira Kurosawa, tandis que le contexte politique et social donne au film une volonté de modernisation. Plusieurs critiques ont justement souligné cette proximité et reproché à "Animals" de ne pas apporter suffisamment de personnalité à cette nouvelle transposition.

Pour autant, je ne rejoins pas complètement les avis les plus assassins. Je comprends les critiques sur l’écriture et la tension, mais je ne me suis pas ennuyé au point de considérer le film comme un échec total. Certaines séquences fonctionnent, la distribution tient la route et l'idée de confronter les convictions politiques d'un homme à son instinct paternel reste intéressante.

J’apprécie surtout que Ben Affleck tente de faire autre chose qu’un simple thriller d’action. Il cherche à parler de privilège, de pouvoir, d’image publique et de choix moraux. Le problème n’est donc pas l’ambition. C’est plutôt l’exécution. Le film veut parfois courir dans cinq directions différentes et finit logiquement par avoir un peu le souffle court.

Personnellement, je ressors donc du film avec un sentiment mitigé. J’ai passé un moment correct, j’ai apprécié plusieurs acteurs et quelques situations tendues, mais je reste frustré par le potentiel inexploité. Avec une écriture plus resserrée, davantage de tension et moins de sous-intrigues, j’aurais probablement été beaucoup plus enthousiaste.

Je trouve également dommage que la réalisation d’Affleck ne retrouve pas complètement la maîtrise de Gone Baby Gone, The Town ou Argo. Ces films savaient parfaitement où ils voulaient aller. Ici, j’ai parfois l’impression que le scénario cherche encore son GPS alors que les personnages sont déjà partis depuis vingt minutes.

Au final, je considère "Animals" comme un thriller correct, porté par une distribution solide et une idée de départ intéressante, mais plombé par un scénario trop chargé et une tension qui ne fonctionne pas toujours. Je ne regrette pas de l’avoir regardé, mais je n’ai pas non plus ressenti l’envie d’appeler mes voisins pour leur annoncer que Ben Affleck venait de révolutionner le thriller américain.

Pour moi, "Animals" possède suffisamment de qualités pour être regardable et même parfois prenant, mais trop de maladresses l’empêchent de rejoindre les meilleurs thrillers réalisés par Affleck. Je le conseille surtout aux amateurs de thrillers politiques et de kidnappings qui acceptent de fermer les yeux sur quelques grosses ficelles scénaristiques.

Créée

il y a 19 heures

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