Quand je lisais Anna Karenine, tout le monde me demandait ce que je faisais avec un dictionnaire tout le temps. Le livre est en effet fort épais et tout le plaisir de la lecture vient de la profondeur des analyses psychologiques et de la complexité des intrigues, principale et secondaires.
Quelle ne fut pas ma surprise dès lors, de voir un film dans lequel le temps est essentiellement dédié à des scènes de bal ultra chorégraphiées, aux dépens des intrigues secondaires mais aussi des explications sur ce qui motive les personnages à faire ceci ou cela.
Un exemple : au départ, Anna est montrée comme une femme aimant son fils. Puis elle tombe enceinte, fait le choix de quitter son mari et à partir de là, plus rien dans ce personnage ne semble avoir de lien avec les enfants.
Levine, qui est très présent dans le roman, n'apparaît ici que très sporadiquement, souvent comme un cheveu sur la soupe. Son intrigue politico-philosophique est ici traitée de manière si cosmétique qu'on ne comprend pas sa dernière scène, pas plus qu'on ne comprend pourquoi le réalisateur s'acharne à suivre sa vie de temps en temps.
Même Vronski souffre de ce traitement allusif et plat. On ne comprend pas où il en est, qui il est, ce qu'il veut. C'est dommage, le personnage est lui aussi complexe et riche, dans le livre.
Finalement, le film sombre vite dans une esthétique clipesque. On se croirait dans un spot long format pour une marque de luxe. Les décors tendent à disparaître d'ailleurs, au profit d'un joli mur bleu. La musique, jolie, devient la principale ligne de dialogue. Bref, plus on approche de la fin du film, plus on a l'impression que le film est sur avance rapide. C'est dommage : si le début de l'idylle entre Anna et Vronski est jolie, elle est assez banale. Ce qui rend l'œuvre singulière, c'est bien plus l'entêtement d'Anna à adopter des positions dénuées de pragmatisme.
Un grand loupé, donc.