Ayant été particulièrement séduit par A plein temps, je me suis mis en quête d’autres films dans lesquels Laure Calamy aurait pu exprimer son talent. J’ai bien aimé Antoinette dans les Cévennes. Mais ici la qualité décroit largement.
J’y ai cru au début. Le décor semble crédible. La relation de l’héroïne avec son mari semble équilibrée, on nous introduit assez précisément aux techniques d’avortement, on croit se diriger vers une forme de naturalisme. La scène de l’avortement qui se permet de faire durer un plan fixe semble annoncer un réel parti pris artistique. Ça ne durera pas.
Autant on s’attend à ce que Annie devienne progressivement militante, bon, c’est sans surprises, mais admettons. Mais tout le reste se développe comme une rédaction de 2nde générale, où l’on placera tous les éléments utiles à l’argumentation. Sans les développer, cependant, et sans craindre l’indigestion. J’ai laissé au début le bénéfice du doute au personnage de Zita Hanrot, quoique je sentais le coup venir, mais elle sera bien la surmilitante féministe insupportable. Tous les hommes, mêmes les militants, même ceux qui semblaient sympathiques, seront portraiturés négativement, ne comprendront pas, seront des obstacles à l’émancipation. Non pas d’ailleurs qu’il ne fut pas réel que les hommes furent un obstacle à ces avancées, et montrer que même au sein de la gauche, la cause des femmes a provoqué des heurts, ne me semble pas hors de propos. C’est juste que c’est traité caricaturalement. Toutes les femmes sont des héroïnes sans défauts, tous les hommes sont des beaufs imbus de leur virilité, à plus ou moins haut degré. Et encore ça pourrait être bien dans un film qui aurait un côté pulp ou exagéré, quelque chose comme ça, mais là ca se veut un peu réaliste sur une époque, donc ça sonne faux. Sans parler, évidemment, du discours anti-marxiste sur la solidarité entre femmes qui traverse les classes, alors que les hommes de notre propre classe renforcent l’oppression. Encore une fois, les oppressions internes à la classe, je ne les nie pas. Et on comprend bien que la bourgeoise se sente solidaire de sa bonne congolaise (espagnole à l’époque) parce qu’elle lui a donné 200 balles d’étrennes. Mais on souffle quand-même.
Tout cela finira évidemment en divorce. Ce qui ne manque pas de donner de l’eau au moulin de ceux qui disent que l’émancipation des femmes détruit la famille. Le film se tire une balle dans l’estomac.
Un piètre manifeste politique au final.