Alors que Lena tente de faire le deuil de son mari militaire disparu depuis un an, celui-ci rentre brusquement chez lui. Désorienté et grièvement blessé, il est conduit dans un hôpital militaire tandis que Lena est mise au secret. Elle découvre alors l’existence du Miroitement, une zone inconnue délimitée par un mur translucide dont aucune mission de reconnaissance n’est revenue à part son mari désormais mourant. Cette surface s’étend de plus en plus et menace d’engloutir des villes. Lena, qui a un passé militaire, intègre une nouvelle équipe de reconnaissance composée de 5 femmes. Une fois à l’intérieur du Miroitement, elles découvrent le comportement étrange de la nature, mais également celui des escouades précédentes.

Attention, Annihilation n’est pas un film de science-fiction même s’il se cache derrière cette étiquette ! S’il est regardé comme tel, alors il est très décevant (une kyrielle de commentaires l’argumente d’ailleurs très bien). Certains films servent de prétexte pour offrir des ensembles de tableaux ou des suites de saynètes à l’instar du barré Dave made a maze ou du très visuel Van Helsing. C’est la même chose pour Annihilation. Alex Garland, réalisateur pour cette fois, est pourtant capable d’écrire des scénarios cohérents et réalistes (notamment 28 jours plus tard ou Ex machina). Pourtant, ici, l’histoire est parfaitement incohérente. En effet, il ne faut pas être un grand stratège pour avoir l’idée d’envoyer des drones autonomes ou des humains reliés par des câbles à l’extérieur. Enfin, des missiles tactiques (eux aussi autonomes) avec des charges conventionnelles auraient pu régler le problème assez rapidement. Par ailleurs, aucune explication n’est donnée

pour l’apparition du mari dans la maison (il s’est donc téléporté ?), sur l’amnésie au début de la mission, sur les mutations aléatoires et à vitesses variables (Josie se buissonnifie en quelques minutes alors qu’Anya a les empreintes qui ont la bougeotte pendant des heures), sur les pylônes de cristal inflammables à distance, sur les yeux lumineux des rescapés à la fin, etc.

Annihilation n’est donc pas un film de science-fiction, mais une œuvre surréaliste. Je m’explique.

Le film nous offre plusieurs œuvres artistiques réellement belles

telles que les plantes humanoïdes, le portail militaire fleuri, les pylônes de cristal et même la chorégraphie de la créature à la fin du film

ou carrément horribles

l’ours zombie avec la voix de sa victime, la vidéo des intestins vermiformes ou la désintégration du docteur Ventress

Selon moi, l’histoire décrit la peur de l’enfantement au travers de cinq femmes blessées. Le docteur Ventress est mourante, Anya est lesbienne, Josie est dépressive, Cass a déjà perdu un enfant et Lena est si terrifiée à l’idée de devenir mère qu’elle préfère détruire son couple en couchant avec son collègue. Les effets du Miroitement sont bien le mélange des gènes, principe même de la fécondation, pour donner toutes sortes de possibilités, des plus belles aux plus hideuses. C’est d’ailleurs l’angoisse de tout parent qui se demande comment sera son rejeton. Et la créature à l’origine de ce phénomène (comprendre : qui en découle) a un comportement de bébé. Elle n’a pas de désir particulier ni de notion de bien ou de mal, elle imite simplement et prend l’apparence… de son parent (ici Lena). L’expérience est d’autant plus puissante qu’elle change à jamais celui qui s’y abandonne, à l’image de Kane qui n’est plus vraiment lui-même ou de Lena irréversiblement mutée. Cette peur, verbalisée par la psychologue dans la cave mouvante, est la crainte des parents d’être détruit. Elle explique l’angoisse de son annihilation en tant qu’individu par sa déconstruction méthodique au profit de l’enfant. La progéniture se fabrique alors avec les bouts de ses géniteurs pour les engloutir. Dès lors, la réaction de survie est l’immolation de cette créature.

Je passe sur le symbole phallique du phare qui donne accès, à sa base, au le trou qui mène dans le sol (le ventre) de la mère (on est sur une plage). Bref, Annihilation est une œuvre expérimentale à mettre dans la même section d’Eraserhead bien qu’elle se cache plus efficacement derrière un semblant de scénario de science-fiction.

À noter que Nathalie Portman s’en sort encore très bien dans un rôle de personnage torturé. Oscar Isaac, en revanche, est beaucoup trop antipathique pour qu’on s’attache à lui. Mais bon, on le voit peu.

Annihilation est un film surréaliste qui offre des œuvres artistiques de qualité parfois difficiles à supporter et une interprétation intéressante de la peur de l’enfantement, mais ce n’est certainement pas un film de science-fiction. Pas étonnant que tant de fans aient été déçus, c’est un problème d’étiquetage !

OeilDePatrick
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le 12 mai 2024

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