ANORA est le film brillant que j'attendais de la part de Sean Baker, où une fois de plus après l'excellentissime THE FLORIDA PROJECT, vient parler des oubliées de l'Amérique. Ici nous parlons des travailleuses du sexe avec une virtuosité déconcertante à osciller entre les genres tout en étant hyper concret !
Avant de se lancer en avant dans l'analyse du film et de mon ressenti concernant cette pépite cinématographique qui n'a absolument pas volé sa palme d'or. Je tenais à aborder ce casting époustouflant, débordant d'un naturel et d'un jeu d'acteur irréprochable dont la brillantissime Mikey Madison dans sa quête de l'Oscar et Mark Eydelshteyn qui complète le duo du film, pièce maîtresse de l'incroyable travail de Sean Baker ! D'autres viennent s'ajouter à l'œuvre mais nous y reviendrons le moment venu...
Alors, pour moi le film se découpe en deux parties entièrement distinctes qu'il faut prendre dans leur individualité car elle représente 2 facettes de cette histoire donc c'est parti !
[ SPOILERS de tout le film ]
PARTIE 1 : La construction de la relation Ani/Vanya, la superficialité à son paroxysme !
Le film débute et met clairement en avant Ani dans son quotidien de dance érotique et de prostitution. Le film te met directement dans une posture dramatique où la redondance du quotidien vient assommer son spectateur qui regarde une femme qui vit la nuit, vivant à la marge de la société. C'est un aspect intéressant qui reviendra tout le film mais Ani ne sera jamais considéré autrement qu'une " pute ", signe d'un emprisonnement social.
Ses premières minutes de film témoignent déjà d'une aisance particulière à traiter d'un sujet sensible.
La rencontre avec Vanya arrive et on comprend déjà dans quelle direction part le film avec cette réinvention du conte de Cendrillon. Ani enfile sa pantoufle de verre qui lui sied à merveille. Elle vit de la démesure, de liasses de billets et d'une relation qui n'a que superficialité à la bouche.
Mikey Madison, sans même la parole, nous crie dessus qu'il est le temps de s'émanciper pour une vie de rêve : un plongeon dans l'inconnu ! Elle s'élève dans une société qui n'oublie pas qui elle est et qui va la tirer vers le fond, mais ANI profite d'un bonheur qui se compte en temps et en argent.
Arrive la scène du mariage qui est selon moi une des meilleures scènes du film tant elle raconte de choses en si peu de temps. On comprend que la relation est artificielle car le mariage est réalisé dans la ville de la superficialité. Leur soirée de mariage se déroulant sous le feux des écrans qui imitent quelque chose de réel mais qui tout de même reste dans une position de faux.
Le film nous annonce déjà que la tournure des choses ne va pas aller vers le positif...
Une première heure de film passionnante imitant à merveille la comédie romantique tout en laissant présager de sa suite de par une mise en scène et une réalisation brillante de Sean Baker !
PARTIE 2 : La pantoufle de verre se brise, entre fragilité et puissance...
Arrive le moment où la comédie dramatique se déchaîne dans un tumulte hilarant. Le personnage de Toros rentre en scène et c'est probablement le personnage le plus drôle du film ! Pour tenter de le résumer simplement : imaginez un type qui se croit comme le Parrain alors qu'il est le sous fifre d'un oligarque et qu'il peine même à trouver le respect au sein de sa famille. Ani perd ses privilèges car Vanya s'enfuit, elle n'est plus dorlotée mais elle espère encore pouvoir retrouver le luxe en retrouvant l'allégorie de ce plaisir : VANYA. S'enchaîne une phase hilarante mais tout de même triste d'un récit d'une journée qui prend forme du road trip au cœur de New York pour retrouver la trace du prince charmant !
Le débat du pouvoir de cette famille qui règne sous le joug d'un père oligarque est intéressant et remet Ani à sa place, dans les clubs de prostitutions de Brooklyn. Elle met en relief la vision d'une femme qui s'affirme malgré tout avec les pétages de plomb de Mikey Madison où elle dit un nombre inquantifiable d'insultes c'est énormément jouissif comme scènes. Malgré tout, elle n'a pas le pouvoir et au fur et à mesure qu'elle s'en rend compte, on est pris par le tragique de l'histoire. La tragédie d'Anora qui ne peut pas vivre en dehors de sa posture et la tragédie de Vanya qui a peur de décevoir ses parents et se conforment à une vision projetée sur lui.
Imaginez-vous dans la posture de princesse, qui se rend compte que la quête de son prince charmant n'existe pas et qui n'était que le relief de quelque chose d'éphémère. Arrive la dernière scène du film qui est absolument brillante : Ani revient au point de départ, loin des babioles et des démesures qui rythmaient son quotidien. Malgré tout, une seule personne l'a aidé et elle ne voit pas un autre moyen de s'exprimer que par le sexe. Elle fond en larmes car elle se rend compte de son incapacité de s'élever au-delà de son étiquette posée sur le front. Elle est remplie de haine, de regrets mais aussi de remords mais est incapable d'exprimer ses émotions. La comédie n'est finalement qu'un drame qui nous a fait aussi croire au conte du prince charmant.
ANORA, c'est un personnage, mais c'est aussi un condensé d'une femme qui veut aimer sans être utilisée comme objet de satisfaction, mais comme fierté. Bien au-delà des simples thématiques d'argents. Pour moi c'est ça ANORA et c'est un chef-d'œuvre !
J'ai décidé de m'éloigner de la review habituelle en abordant le film de cette manière. Quand je reverrais cette pépite je m'intéresserais moins à l'analyse !