Darren Aronofsky nous présente son thriller délirant dans le Old New York des années 90 et le résultat est plutôt convaincant dans la globalité ! Ce qui semble être une totale antithèse à la filmographie de Aronofsky en est finalement un prolongement très inhabituel puisqu’il aborde un personnage torturé comme on en a l’habitude dans le cinéma de Darren Aronofsky.
Mais le traitement est plus agressif, plus corporel, moins psychologique. Les sévices ne sont plus psychologiques mais prennent part à un jeu de violence, entremêlés d’histoires de gang qui illustrent la diaspora new-yorkaise. On sent que c’est une partie de plaisir pour Darren Aronofsky, on sent l’envie de s’amuser avec son environnement. On joue beaucoup sur l’urbanisme avec la présence de scènes très verticales et quelques fois dans des ruelles serrées ce qui évoque un certain vertige. Même si l’histoire est intéressante et les thèmes défendus sont attrayants, Darren Aronofsky triomphe tout de même plus dans le drame pur que dans la comédie noire même si le rire est souvent présent dans les running gag qui sont assez hilarants. Il faut quand même saluer l’innovation constante de la mise en scène pour intéresser le spectateur au jeu du chat et de la souris ce qui ne fait pas perdre en intensité le récit même si ce procédé rend les personnages éphémères et oubliables, ce qui est un parti pris plutôt dangereux dans la durée.
Austin Butler est clairement le centre du film, tous les personnages s’articulent autour de lui ce qui donne une impression que les personnages ne sont pas vivants et ne vivent que sous le prisme de leurs objectifs. C’est le parfait exemple de Zoé Kravitz qui est en retrait et qui ne sert que au développement de Hank. Les traits de caractères sont exagérés donc les personnages ont du mal à montrer une profondeur et restent tous derrière leurs étiquettes, ce qui est davantage forcé par l’idée de la comédie noire.
Si le film veut un traitement traumatique de son personnage, il est fait de manière très artificielle à travers la vision des cauchemars qui sont notre seul lien avec le traumatisme. Celui-ci ne s’illustre que très rarement par le prisme du réel ce qui indique une certaine déconnection avec la psychologie du personnage car le film veut dresser une violence du corps au détriment d’une psychologie plus interessante. Là où le film tire l’épingle du jeu c’est sur le propos sur les manières de combattre le traumatisme. Ici l’alcoolisme de Hank revient constamment et tire une ligne directrice sur sa manière de dépasser les addictions qui se présentent toujours en face de lui. L’omniprésence de bouteilles de bière et d’alcool apparaît d’abord comme un running gag humoristique mais se transforme rapidement comme un combat plus dramatique contre l’addiction.
Certains personnages restent tout de même intéressants ou marrants comme celui de Matt Smith dont je m’attendais à beaucoup plus d’apparitions au même titre que la plupart des acteurs du film mais comme je l’ai déjà exprimé c’est la volonté du film de présenter des personnages éphémères.
Caught Stealing reste tout de même une expérience divertissante qui sait diriger son intrigue avec un rythme vraiment bien géré. Au centre on retrouve un Austin Butler qui continue de construire sa filmographie qui risque d’être vraiment marquante. Darren Aronofsky fait un bon film mais je veux un retour aux sources pour le prochain film !