Qu’est-ce que raconte cette Palme d’Or Cannes 2024 ?... Le pitch : une jeune strip-teaseuse de New-York d’origine ouzbèque se prostitue de temps en temps pour arrondir ses fins de mois. Elle rencontre Ivan via le «boulot», un gamin pourri gâté fiston d’oligarques russes. L’insupportable héritier s’achète alors à coups de dollars les attraits exclusifs d’Anora. Puis ces deux-là, appréciant leur légèreté réciproque, iront jusqu’à s’épouser à Las Vegas. Evidemment, ce qui n’est pas du tout du goût des richissimes parents, qui débarquent en urgence...
Dès la fin du premier acte - qui s’étire beaucoup trop sans la moindre saillie pour éveiller un peu l’intérêt - je me suis dis «mince, cette histoire est sans relief»... Puis je me rappelle que la bobine est une Palme d’Or, la suite va forcément progresser dans une direction. Allez, on y croit toujours un peu au début, ou on fait semblant.
Le deuxième acte est consacré à des scènes de lutte censées être hilarantes. A titre personnel, la scène de home invasion (terriblement interminable) m’a mis plutôt mal à l’aise. J’ai, au contraire du rire ou du ton de la comédie, plutôt considéré ces événements avec une gringerie bien sérieuse. Quel malaise ! Décidément, cette histoire très prévisible de Cendrillon des temps modernes me laisse franchement perplexe.
L’acte III se perd. Sean Baker aurait pu faire de sa caricature-Cendrillon, pour qui l’Amour et la réussite sociale se mesurent strictement en pognon et fringues de marque, une relecture habile, sociale et politique de «Pretty-Woman»... Mais non. Le réalisateur fait basculer son récit dans une course-poursuite à la recherche du jeune marié dans la ville avec l’irruption des hommes de main du père d’Ivan. On assiste alors aux enchaînements de cette histoire en espérant qu’elle décolle enfin un peu, mais en vain. Par souci de véracité sans doutes, le cinéaste voudrait faire dans le cru (ses images lorgnent un peu vers un naturalisme chromatique à la John Cassavetes), mais en vérité les multiples allusions adressées à l’étanchéité entre classes sociales demeurent beaucoup trop décharnées, peu profondes.
Émouvant ? Non... ou un peu, à la fin. Sean Baker témoigne en bout de course à émettre l’espoir que l’Amour est possible dans ce monde esquinté. L’auteur arrive presque à nous cueillir. Mais tout ça pour ça ???
Hilarant ? Non plus. Sean Baker semble avoir voulu jouer la carte de la farce, mais l’humour, qui fonctionne toujours sur la même mécanique et qui est censé apporter de la légèreté, laisse place souvent à l’accablement.
Bref... Une première partie de film ennuyeuse (les minutes interminables se succèdent aussi sur l’acte II et III), de nombreux passages malsains (exemple : euh, comment dire... Le jury cannois a t-il bien réalisé que le charmant Igor participait à la violente séquestration d’Ani ? Gros malaise non ?), zéro véritable enjeu, une absence d’évolution au sein de l’intrigue, des blagues qui laissent place à la gênance,...
Palme d’or ou non, «Anora» est un film trop prévisible, sans grande subtilité, souvent lourd et qui n’en finit pas.