En proie à un virus zombie, la jeune fugueuse Maggie est ramenée par son père dans la ferme familiale. L’adolescente affronte le long cheminement de sa maladie et passe ses derniers instants humains, sous le regard inquiet et la protection impuissante de son père.


Le débutant Henri Hobson, dont c’est le premier film, n’évite pas quelques déraillements. Son film n’échappe pas à la Coppola-Daughter-Touch avec ses ralentis et ses flous gaussiens pour «faire auteur». Mais dans l’ensemble, la mise en scène du réalisateur se tient, raffinée, soignée (certains plans sont renversant de beauté), portée par une musique souvent proche d’un sound-design délicat et baignée dans une photo magnifique, La lente transformation de Maggie est certes dérangeante mais la caméra s’attarde peu sur le corps en déliquescence de la jeune fille. La (rare) violence s’exprime mais reste hors-cadre. Cette capacité narrative à ne pas montrer – mais sans atténuer – constitue une qualité assez remarquable du film. Ce petit film indépendant est pour moi un tour de force : il compile tous les aspects de la tragédie sans distancer le terrain du cinéma horrifique en réunissant trois aspects fondamentaux : 1/ Unité de temps : le verdict médicale est donné dès le début ; Maggie n’a que quelques semaines. 2/ Unité de lieu : une ferme mourante, le bruit de l’orage qui arrive, la nature environnante en décrépitude… 3/ Unité d’action : la transformation de sa fille mène à une question grave, …comment cela doit-il finir ?… Il y a tout dans Maggie. Même si le métrage évince soigneusement les codes zombiesques (les fans de Georges Roméro ou de Walking Dead ne vont pas forcément s’y retrouver), la séquence de la petite fille est glaçante. Maggie elle-même, éveillée par sa propre finitude et lucide de la peur et du chagrin qu’elle suscite.


Maggie est aussi un film multi-couches, aux nombreux échos. Le film ne relate pas seulement la déchéance de Maggie, mais à travers elle, fait l’allégorie du pourrissement de notre monde ; un pays confronté à une épidémie glisse vers le fascisme, on se déshumanise en laissant mourir seules les victimes du virus au fond d’un hôpital (le film fait furieusement écho au contexte difficile des années sida du début des 90’…). La maladie fractionne ici la famille et engage une lente mais inexorable désagrégation (encore !) du cercle amical (le personnage de belle-mère jouée par Joely Richardson mériterait un développement supplémentaire). Les médias – malicieusement «glissés» dans le film – traitent de l’épidémie de manière hystérique,. L’adolescente affronte métaphoriquement sa propre transformation physique (la scène des vers est assez fascinante)… Bref, étonnamment, Maggie distille chez moi une palette infinie de sensations.


LA surprise de taille du film, c’est l’interprétation étonnante d’Arnold. Arnold n’est pas vraiment un acteur… c’est une star, nuance ! Le bonhomme n’est pas devenu comédien pour l’amour du cinéma, mais uniquement pour conquérir la planète. Dans Maggie, on ne voit jamais en Arnold le cimmérien barbare ou le cyborg dissimulé. Arnold est Wade Vorg, et ça pour l’autrichien souvent coincé dans sa propre figure iconique, c’est une sacrée performance ! L’ex Mister Olympia devient bon dès lors qu’il est bien dirigé (comprendre un réalisateur sachant camoufler les tares de l’acteur) : Stay Hungry – Conan le barbare – Predator – Total Recall – Last Action Hero – True Lies – Sabotage… Laisser Schwarzy en roue libre, c’est la certitude d’une interprétation bancale ou déglinguée (Conan le destructeur – Eraser – Collatéral Damage – Batman et Robin – Le Dernier Rempart, EX2, etc…). Schwarzenegger, dont la lumière accroche merveilleusement son «nouveau» visage, ridé et sillonné, interprète ce père meurtri dans sa chair de manière convaincante et avec nuance. Abigail Breslin est captivante et touchante. Le film n’est (presque) rien sans la subtilité de l’actrice. Il va de soi que la VO est obligatoire. Les personnages secondaires ne sont que «fonctionnels» mais s’intègrent bien au récit, l’adn du film ne reposant que sur la complicité entre la fille et le père, ici d’une grande justesse de ton.


Le récit – et surtout le final du film – peuvent engendrer chez certains une sérieuse frustration, puisque durant 1h30, le film n’est jamais sur-théâtralisé. Tout du long, celui-ci demeure d’une extrême sobriété. Le jeune réalisateur ne cède jamais aux cordes lacrymales ou à un sentimentalisme niais. Vous ne verrez pas au final le papa Arnold tenant sa fille morte dans les bras sous la pluie hurlant sa douleur. Maggie est par essence anti-spectaculaire. Maggie évite ainsi soigneusement tous les pièges d’une certaine vulgarité, celle où le spectateur attend les clichés. Tellement rare. Pesante et amère, la conclusion est logique et atteste de la sincérité du projet. Henri Hobson a réalisé un film d’artiste, malgré les lourds cahiers des charges qui pèsent aujourd’hui sur l’industrie made in America – financières mais aussi morale. On peut s’en réjouir !


Maggie nous raconte le destin d’une jeune fille qui doit faire le deuil d’une existence qu’elle a à peine serrée. Maggie n’est donc pas un film du samedi soir, ni un commando 2 dézingueur de zombies, mais une parenthèse cinématographique onirique, dépressive et où il n’y a aucun espoir. Il y a de la radicalité romantique dans Maggie, mais un romantisme qui fait froid dans le dos. Car Maggie est aussi, et avant tout, un film d’Amour. Un GRAND petit film qui parle de l’amour inconditionnel d’un père pour son enfant.

Maxime-Beaulieu
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il y a 3 jours

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