Forcément, proposer un nouveau film Terminator sans confier les rênes à son créateur James Cameron est pour beaucoup de puristes une infraction au code du fan boy. Réintégrer Arnold Schwarzenegger en T-800 à 67 ans était aussi un pari audacieux. Après une promotion de la Paramount désastreuse (spoil sur spoil sur spoil…), on était en droit de se poser des questions sur le projet… Crainte, fièvre, piaffement, fébrilité… On ne savait pas trop quoi attendre ce nouvel épisode. Verdict.


Sur une telle saga, dotée d’un héritage historique lourd, le cahier des charges alloué aux deux scénaristes Patrick Lussier et Laeta Kalogridis devait facilement avoisiner les 10 kilos de papier. C’est sans doute la raison pour laquelle Terminator Genisys contient de manière intrinsèque plusieurs films. Les 40 premières minutes sont très respectueuses et ultra-référencées aux 2 premiers longs-métrages. Tous les fans de la première heure de la planète ont du salir le caleçon : endosquelettes armés sur fond apocalyptique, policeman en polyalliage mimétique, baskets Nike avec scratch, etc… Regroupant tous les ingrédients Cameroniens dans cette première partie, le fan de terminator se sent (presque) en sécurité. Une partie de son geek-cerveau se dit même «alors c’est possible ? Ont-ils enfin produit un terminator 2015 old-school et réellement inventif ?». Les clins d’oeil et une mythologie adroitement revisitée nous aspirent dans l’univers Genisys, en confiance - au début. Et puis, tout doucement, le récit apportant des événements inattendus, on nous explique qu’il nous faut effacer tous nos repères. Exit le jugement dernier ! Exit les fondamentaux de Cameron ! Certains puristes seront choqués. Pour ma part, au début j’ai trouvé cette réinvention (dont je vous laisse les surprises) assez rafraîchissante et très culottée ! Avec cette nouvelle approche qui bouscule les conventions s’amorce alors la deuxième partie du film, hélas, plus imprécise et déstabilisante.


Un film comme T5 coûte très cher (dans les 170 millions de dollars) – du coup les investisseurs veulent réduire les risques au maximum pour récupérer leurs billes. Le processus créatif consiste donc à copier ce qui finalement marche le mieux sur le marché. Les hautes sphères atteintes du box-office par les Avengers font forcément rêver les actionnaires des studios. Pour être clair : si vous voulez voir un blockbuster de l’été aux SFX derniers cris, alors vous allez très certainement passer un très bon moment de divertissement et d’action. Oui, Terminator Genisys est (presque) un pur produit Marvel ; le montage est cut, ça brille et les explosions nous font fermer les yeux… C’est la tendance du moment. C’est un fait, beaucoup de personnes dans mon entourage amical ingurgitent ce type de film qui privilégie l’intensité brute à une réelle réflexion existentielle ou politique. Certains d’entre eux classent même Terminator 1 de film «trop intello» ou/et «prise de tête» (comme si c’était péjoratif !). T5 est donc un divertissement à l’état pur. Pour ma part j’affirme ceci : ce n’est pas ça qu’on attend d’un terminator ! Ce que j’aime dans Terminator c’est le bruit du tic-tac d’un apocalypse inéluctable, ce côté obscur mêlé étroitement à ce sentiment d’urgence si particulier. Bon, je ne doute pas (encore que) que cette nouvelle voie marvelienne raviront de probables nouveaux adeptes… A un moment dans le film, le super «méchant» (dont le design possède un petit quelque chose d’Ultron) assène à la double star Arnold/T-800 avant de l’écrabouiller : «Tu es vestige d’une autre temporalité»… Tout est dit ! Pour vous convaincre du marquage marvelien du film, ne sortez pas avant le générique ;)… Mais le pire n’est pas là…


Alan Taylor, aux manettes de T5 (réalisateur de Thor : Le monde des ténèbres ! Ah bah voilà, on l’a tient notre explication marvelienne !), est un honnête artisan ; sa mise en scène est sobre et efficace. Son film déborde de bonnes idées (le script explore comme jamais dans la saga le concept de voyage temporel, l’action est globalement lisible et efficiente, de nouvelles interactions entre personnages apportent un plus,…), mais dans mon fauteuil au cinoche, je me suis demandé à plusieurs reprises si certaines situations ne tournaient pas au ridicule… Fautes de mauvais goût, incohérences scénaristiques, situations bizarres ; Terminator Genisys cumule les gaffes et s’emmêlent les pinceaux. Quelques exemples…


Attention SPOILERS :

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– Elle sort d’où cette machine à voyager dans le temps empruntée par Sarah et Kyle ?? On veut nous faire croire que le T-800 dispose de suffisamment de «fichiers très détaillées» pour construire un truc pareil ?

– Mais enfin qui envoie un terminator babysitter en 1973 pour protéger Sarah gamine ???!!

– Pourquoi Kyle Reese s’entretient il avec son alter-égo môme, alors que la temporalité a changé ?

– Pourquoi cette interminable course-baston en hélicoptère pour finalement se retrouver… tous chez Cyberdyne ???

– Combien d’entre vous ont fait le lien instantanément entre le flic sauf du magasin en 1984 et le vieux flic alcolo de 2017 ??? Ce personnage n’est digne d’aucun intérêt…

– Etes-vous aussi heureux d’apprendre que Sarah est en fait une riche propriétaire fonçière dotée de lofts souterrains avec vue sur la mer ?

– Le T-800 maçon «jusqu’à la retraite» chez Cyberdyne. Le scénariste mérite la mort.

– Le concept d’autoregénérescence corporelle du terminator. Le scénariste mérite la mort.

– «Prends soin de ma Sarah»… Le scénariste mérite la mort.

– Le T-800 devient un T-1000 !!!!!!!!!!!!!!!! aaaaaaaaaaahhh loufoque !

– Le T-800 pleure t’il lorsqu’il s’enfonçe dans le bain de métal liquide ? Le scénariste mérite la mort.

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FIN des SPOILERS


Côté casting ; Ok – et ce n’était pas facile – Emilia Clarke arrive à nous faire oublier Mlle Daenerys. Mais globalement son personnage manque d’ampleur et de caractérisation. La Sarah Connor guerrière n’est pas toujours très crédible et la Sarah maman manque d’envergure. A mon sens, l’actrice ne réussit jamais à faire percer l’émotion (mea culpa : j’ai vu le film dans sa calamiteuse version française – ville de Troyes oblige). Jai Courtney incarne Kyle Reese. Son manque évident de charisme et son interprétation du personnage en total décalage avec la saga font poser des questions… Pourquoi lui ?! Il y avait tellement d’autres choix possibles pour un rôle aussi crucial ! De plus, son corps presque trop bodybuildé (exposé à plusieurs reprises dans le film) n’est pas en accord avec la «vulnérabilité morphologique humaine» si symbolique d’un Mickael Biehn (LE Kyle Reese original).12 ans après T3, Arnold is back. Bon, tant mieux, mais cela vaut-il vraiment le coup ? Arnold est il crédible ?… Et bien le père Arny s’en sort avec les honneurs. Une fois avalé la techno-bio-explication « les terminators vieillissent», je me suis surpris à «croire» à l’existence d’un endosquelette sous les traits de l’acteur. Il est toutefois évident que sans les maquillages particulièrement réussis (!!!) et les SFX numériques bluffants, qui concourent grandement à la crédibilité mécanique et gestuelle du T-800, l’interprétation de l’acteur autrichien s’en trouverait amoindrie. Le méga-bémôl du personnage : je ne suis contre un peu d’humour, mais là c’est totalement excessif ! Le running gag du smile qui revient 3/4 fois est insupportable. Même si l’image, isolée du récit, est drôle, j’aurais apprécié qu’on en fasse moins. Une réplique sur 5 du t-800 est une blagounette. Blasphème. Un terminator ce n’est ni drôle, ni fun, point. Mention spéciale à Jason Clarke, alias John Connor : une interprétation chargée et vraisemblable à travers un personnage intégralement revisité. Clairement, Jason Clarke est celui, avec Schwarzenegger, qui porte le film.


La photographie de Kramer Morgenthau – très estampillée Marvel encore – est élégante. La qualité des dialogues est ultra variable, on côtoie l’excellent et l’insipide. Mais LA grosse erreur de la direction artistique du film reste, à mon sens, sa bande originale. Non pas que la bande son «zimmérienne» pondue pour l’occasion par le compositeur Lorne Balfe (dont Zimmer himself est le producteur musical !) soit un ratage complet, loin de là… Malgré quelques hommages au thème de la saga, l’ensemble reste très plat. Ni mémorable, ni inventif, le score demeure quand même à des années lumières de T1 et T2 : sombre, mécanique, oppressant,… Terminatoresque quoi ! Cette lourde tâche de prolonger la signature musicale de la saga incombe donc au quasi-inconnu Lorne Balfe et c’est une erreur tragique qui fait du tort au film. Je n’ai jamais compris pourquoi le génial Brad Fiedel avait été éloigné des suites.


Finalement, quand on y réfléchit bien, on se rend compte que T5 est enchaîné à un boulet de taille. Ce boulet a pour nom… Terminator. A l’instar de T2, T3 et T4 Renaissance, Genisys est condamné à être comparé encore et encore à ce petit film fauché de 1984. Terminator 1 est un fantôme malveillant pour ses suites. Car elle est là ma conviction ; cette face poisseuse et sombre, cette authenticité pure, cette astucieuse simplicité, cette «grande tempête» terrifiante qui finira tous par nous rattraper, cette hallucinante façon de réinventer le cinéma de SF-Hardcore au mileu des 80’ et cet infernal masque de mort métallique qui ne parle que de nous, …bref ce putain de chef-d’oeuvre – Terminator – est inégalable sur son segment. À chaque fois que j’ai revois le film, je réalise que T1 vieillit diablement bien et s’impose avec le temps comme une oeuvre définitive et avant-gardiste. Gamin, j’ai pris en plein coeur la mélancolie de Terminator. Pour ma part, je ne suis jamais vraiment sorti du Tech-Noir, encore moins de ce commissariat en flamme.


Depuis 1991 – soit la sortie de Terminator 2 – Le jugement dernier – il nous faut admettre que nous n’avons jamais retrouvé cette atmosphère, cette émotion et ce souffle Cameronien qui définissaient si singulièrement l’univers terminator (même si je pense que T3, certes bourré de défauts, reste très sous-estimé). Si vous cherchez un blockbuster bim bam boum, allez voir Terminator Genisys. Si vous pensez que Terminator, dans son essence, c’est plus que ça, peut-être serez-vous très déçu…


De ce constat, quelques propositions :

– Stop, on arrête la saga – c’était bien les terminators, mais maintenant on se force à inventer de nouvelles choses

– revoir T1 et T2… et pourquoi T3 s’il vous reste du temps dimanche…




Maxime-Beaulieu
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