Le commandant Buren est à la tête d'un groupe de la BRI composé de têtes brûlées violentes et indisciplinées.Alors que la hiérarchie surveille de près ces cow-boys,l'équipe doit faire face à un braquage de bijouterie meurtrier qui cache un hold-up beaucoup plus important,celui d'une banque pour super riches.Le film est réalisé par Benjamin Rocher et le scénario signé Tristan Schulmann adapte un polar anglais shooté par Nick Love sorti en 2012 et intitulé "The Sweeney",qui est lui-même tiré d'une série télé,"Regan",diffusée entre 75 et 78.Une série qui avait déjà fait l'objet de deux versions ciné,"La brigade volante" de David Wickes en 77,et "Le gang de la terreur arrive" de Tom Clegg en 78.Après tout ça,on pourrait se dire qu'il était difficile aux auteurs de présenter une oeuvre un tant soit peu originale,et pourtant l'effet nouveauté fonctionne dans une certaine mesure.Il faut dire que la série british et ses prolongements au cinéma sont quasiment inconnus par chez nous,et d'autre part le style donné par Rocher et Schulmann se rapproche plus de l'action agitée à l'américaine,genre productions EuropaCorp,que du policier classique.La vraie identité d' "Antigang" réside dans le fait qu'il s'agit de la première pierre du système Lenoir.L'acteur était jusque-là un second couteau peu renommé,mais il a construit sa carrière de vedette de série B à partir de ce film.Tout est déjà là,son personnage d'ex voyou converti aux joies du boulot de flic par un vieil officier charismatique,son statut d'abruti complet mais indestructible,sa nature de redresseur de torts,et surtout,ce qui compte le plus,sa maîtrise des arts martiaux propre à envoyer du bois lors de spectaculaires combats.Ici,contrairement aux actioners qui suivront,il doit partager l'affiche avec Jean Reno,moins au point physiquement mais à la notoriété supérieure,cependant on voit bien que Rocher privilégie la partition de son bastonneur de choc,les scènes de pancrace constituant l'intérêt principal d'une histoire qui en recèle par ailleurs bien peu.Schulmann tente pourtant des trucs,ménage quelques surprises,balance un twist par ci par là et saupoudre de mystère à l'occasion,mais c'est trop mal agencé pour convaincre et le suspense est systématiquement éventé avec des révélations mal gérées qui surviennent trop tôt.Il ne peut cacher bien longtemps l'identité bourrine de cette pitoyable déconnade exhibant une bande de flics débiles adeptes du kung-fu,de la barre de fer et du défourraillage en pleine rue,fuck les passants,qui dans la réalité seraient tous en taule pour un paquet d'années.Là on les gronde,le commissaire en costard les engueule régulièrement,mais on les laisse finalement s'en donner à coeur-joie car ils ont des résultats,comme si ça comptait dans la police actuelle.Quelques séquences musclées marchent bien,mais c'est dans l'ensemble trop guignolesque pour séduire vraiment,et les éléments dramatiques usés prêtent plus à rire qu'à s'émouvoir tellement c'est ridicule.On a la meuf d'Alban qui est enceinte et qui râle mais pas trop fort quand le commandant-ami vient cuver dans son canapé.Lequel officier se tape la femme du grand chef,ça lui apprendra à ce cocu à vouloir imposer son autorité à ses subordonnés.On a aussi le supérieur du supérieur,personnage traditionnel du vieux flic copain depuis toujours avec Buren mais qui a pris du galon parce que contrairement à son pote il a su s'écraser quand il le fallait.Du coup il a un peu honte et s'attache à couvrir et aider en sous-main le furieux.Sinon il y a deux fliquettes bonasses dans l'équipe,qui défoncent du truand bodybuildé à tour de bras malgré leur gabarit de crevettes avariées,il y a du suspect qu'on tabasse joyeusement en interrogatoire,et il y a surtout l'inoxydable Alban qui rôde là son personnage de taré qu'on bat comme plâtre mais qui se relève toujours et l'emporte à chaque fois alors que n'importe qui serait gravement décédé à sa place.Et ne pas oublier le coup foireux du gangster qui tient le héros en joue et le flingue,en pure perte car évidemment le gars a son gilet pare-balles.Quand donc les génies du crime expérimentés depuis des décennies de méfaits pas cool intègreront-ils la notion que les policiers en intervention sortent couverts et qu'il faut donc viser la tronche?Apparemment,ce n'est pas pour demain.Lenoir a l'air aussi intelligent que le protagoniste qu'il incarne,à vue de nez on parierait sur du QI négatif,mais il sait cogner et encaisser avec beaucoup d'efficacité et un bel enthousiasme.Quant à Reno,il fait bien le flic fatigué au bout du rouleau mais encore vaillant,et il a de la présence.Les autres membres de la brigade rempileront comme les deux stars pour le deuxième épisode,"Antigang-La relève",qui sortira huit ans plus tard,quand même,le temps qu'Alban consolide son statut d'idole de la gifle à la française.On a donc la belle Stéfi Celma,risible en fliquette badass,Oumar Diaw,Sébastien Lalanne et Jean-Toussaint Bernard,qui font ce qu'ils peuvent avec les miettes peu comestibles qu'on leur jette.A part ça,l'Italienne Caterina Murino,toujours aussi lisse et inexpressive,sert de love interest entre son amant Reno et son mari Thierry Neuvic,lequel s'en sort honorablement en flic administratif coincé et hargneux.Et puis le méchant est interprété par le Suédois Jakob Cedergren,connu pour des séries télé policières scandinaves comme "The killing" ou "Meurtres à Sandhamn",qui est excellent en braqueur froid et manipulateur.Il est secondé par la brute épaisse Jess Liaudin,ancien champion de MMA crédible dans l'exercice de la violence.Sabrina Ouazani fait pitié en épouse enceinte vulgaire,Féodor Atkine a l'air plus mort que vif en huile de la police pré-retraitée,mais Xavier Lemaître en directeur de banque arrogant et Franc Bruneau en infirmier indic sont très bien.On remarque la présence du cascadeur Quentin d'Hainaut en doublure de Cedergren,car le gus prendra du galon, devenant un fidèle de Lenoir en jouant un flic ripou dans les épisodes 2 et 3 de "Balle perdue".D'ailleurs Alban commence ici à organiser son clan puisque Celma,Lalanne et son épouse Anne Serra,qui se fait ici flinguer dans une bijouterie,seront dans ses immortelles oeuvres ultérieures,surtout dans la trilogie "Balle perdue".La musique cacophonique est signée du baltringue Laurent Perez Del Mar,tandis que la photo est correcte et est l'oeuvre du Belge Jean-François Hensgens,qui coréalisera "Tueurs" deux ans plus tard.Notes et critiques de films de Benjamin Rocher publiées précédemment:voir critique "Goal of the dead".Nouvelle moyenne:4,2.