Ce n’est pas parce qu’on est le fils de Cronenberg qu’on doit se sentir investi d’une mission patrimoniale, consistant à reprendre les thématiques chères à papa (et quelques peu délaissées depuis, disons, 15 ans).


Brandon part donc avec un certain nombre de casseroles pour son premier long métrage, qui, soyons honnête, aurait pu être bien pire.


Le parti pris d’une photographie clinique, d’un blanc immaculé, occasionne quelques images saisissantes et le personnage principal est suffisamment glacial pour susciter les réactions malaisantes attendues.


Mais cette dystopie, passée la première exposition, lasse assez rapidement ; sur un principe insolite proche du Lobster de Lanthimos, elle imagine les dérives d’une société obsédée par ses stars et leur beauté au point de vouloir partager leur infection. C’est, d’une certaine manière, le pas supplémentaire au final orgiaque de Neon Demon : l’ingestion de la beauté pour qu’elle infuse son propre corps.


De corps, il sera donc question, et à l’excès. Notre protagoniste (Caleb Landry Jones, convaincant, et habitué aux rôles border-line puisqu’on le retrouvera par la suite en frangin perché dans Get Out) ne cessera d’inscrire dans sa chair tous les soubresauts d’une intrigue assez alambiquée, vomissant tripes et boyaux tous les quarts d’heure.


Car les maladresses l’emportent : dans cette démonstration permanente sur le règne du star system, appuyée comme le serait la dissertation d’un adolescent, dans ces évolutions du récit qui se font à coups d’innovations technologiques improbables : en somme, tout est possible, et on se désintéresse assez rapidement des enjeux.


Ce n’est pas parce qu’elle est saugrenue qu’une idée est bonne ; ce n’est pas parce qu’il n’a jamais été exploité qu’un motif en deviendrait soudain légitime et fertile. Antiviral se voudrait toxique, mais sa capacité à toucher relève plus de l’homéopathie.

Sergent_Pepper
5
Écrit par

Créée

le 2 juin 2017

Critique lue 1K fois

Sergent_Pepper

Écrit par

Critique lue 1K fois

17
3

D'autres avis sur Antiviral

Antiviral

Antiviral

4

PatrickBraganti

536 critiques

La guerre des boutons de fièvre

Bon (ou mauvais, peut-être) sang ne saurait mentir. Autrement dit, on attendait, l’œil aux aguets et la langue déjà vipérine, le premier long-métrage de Brandon Cronenberg, le fils de David, le...

le 13 févr. 2013

Antiviral

Antiviral

5

Sergent_Pepper

3175 critiques

Inoculé de sa race

Ce n’est pas parce qu’on est le fils de Cronenberg qu’on doit se sentir investi d’une mission patrimoniale, consistant à reprendre les thématiques chères à papa (et quelques peu délaissées depuis,...

le 2 juin 2017

Antiviral

Antiviral

6

Gand-Alf

2256 critiques

Virus de stars.

A l'heure où papa Cronenberg semble s'enfoncer dans un cinéma non plus organique mais de plus en plus intellectuel, voilà que nous arrive le fiston, Brandon, qui, pour son premier long-métrage, nous...

le 17 mars 2014

Du même critique

Lucy

Lucy

1

Sergent_Pepper

3175 critiques

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de...

le 6 déc. 2014

Once Upon a Time... in Hollywood

Once Upon a Time... in Hollywood

9

Sergent_Pepper

3175 critiques

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

le 14 août 2019

Her

Her

8

Sergent_Pepper

3175 critiques

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...

le 30 mars 2014