C'est quand même dommage que Netflix soit autant avare en productions aussi bien exécutées qu'Apex. Hormis peut-être le Frankenstein de Del Toro, le géant rouge a tendance à enchaîner les productions grisâtres, stériles et moches. Forcément, comme lors d'une excursion dans la nature, je prends un bol d'air "frais" avec Apex.
Restons néanmoins un poil sérieux : le scénario de ce survival n'est de loin pas sa plus grande réussite. C'est même une vilaine plantade, le film n'assumant jamais complétement ce qu'il est censé être, à savoir une course-poursuite entre une casse-cou et un taré fan de Guillaume Tell. C'est même foiré à un point où le troisième acte m'a complétement refroidi, la dynamique entre les 2 personnages semblant soudainement tout droit sortir d'un autre film. Sans ce final à base de grimpette vertigineuse, l'ensemble m'aurait laissé un goût amer, mais heureusement que derrière la caméra, il y a Baltasar Kormákur.
Réal qui me paraît injustement méconnu, cet Islandais est à mes yeux l'une des voix du cinéma d'aventure high concept les plus fortes de son temps. De ceux que j'ai vus, pas un de ses films ne m'a déçu, je prends à chaque fois mon pied devant, et Apex suit la tendance. La caméra de Kormákur bouge, nous emporte dans le chaos et la nature sauvage, poussant ses protagonistes dans leurs retranchements pour s'en sortir un minimum vivant. Ce qui paraît toujours improbable lorsque le réalisateur les accroche à des falaises, générant des sensations de vertiges que je n'ai vécues nulle part ailleurs que dans le cinéma de Kormákur. Moins expérimental qu'avec son excellent Beast, le réalisateur tente quelques plans casse-gueules, certes enlaidis par des CGI trop voyants mais assez tarés pour ne pas me sortir du film. D'autant qu'il m'est difficile ne pas être captivé par les images qui se déroulent devant mes yeux : la photo est drôlement jolie pour un bête film d'aventure, et qu'est-ce que ça fait du bien après toutes ces merdes grises qu'on doit se taper une fois par semaine sur Netflix.
Après, si on aime le survival façon Baltasar Kormákur, faut aussi s'attendre à devoir se retaper l'énième récit de personnage endeuillé qui va pouvoir enfin aller de l'avant après avoir frôlé la mort. Apex s'en retrouve un peu alourdi mais peut se vanter d'avoir en tête d'affiche une Charlize Theron impériale, livrant l'une de ses meilleures performances. À la fois puissante et terrifiée, l'actrice est impeccable. Mais c'était sans compter sur son partenaire de scène, Taron Egerton, absolument jouissif dans sa performance de chasseur psychopathe, dont la scène avec la boom-box mériterait sérieusement un petit statut culte. Simplement regrettable que son personnage change à chaque scène, ne sachant jamais s'il veut être un ogre sanguinaire ou un Australien malicieux. Reste que quand Egerton et Kormákur décident d'en faire des caisses, ça fait des étincelles : je jubile devant mon écran.
Apex, ce n'est certainement pas l'aventure avec un grand "A", mais pour ma part ça vaut aisément un grand "OUI". Bien joué Baltasar !