Souvent considéré comme le meilleur cinéaste russe pré-révolution, le talent de Bauer est éclatant et la maturité de son langage cinématographique est fabuleuse.
Il a une compréhension des possibilités de la réalisation qui surclasse un sacré nombre de ses contemporains, et à l'échelle internationale. La photographie est virtuose avec des clairs obscurs saisissant et d'une grande finesse pour une belle gamme dans la gestion des sources de lumières. C'est l'occasion d'ailleurs pour le cinéaste de souvent jouer sur la profondeur de champ avec une grande netteté qui témoigne au passage d'une utilisation très intelligente des décors et du mobilier qui vient par exemple perturber la progression du héros pour s'approcher d'un personnage, comme une métaphore de son malaise et sa psychologie torturée. Il y aussi quelques moments plus oniriques lors des séquences de rêves là aussi très soignée visuellement, baignant dans un flou lumineux du meilleur effet.
Enfin, il y a une séquence en plan-séquence avec un travelling arrière, fonctionnant par à-coups (doublé de panoramas) et d'une rare maîtrise technique qui traduit à merveille la psychologie du protagoniste principal ne se sentant pas à l'aise lors d'une vaste soirée mondaine.
Et pour ne rien gâcher, l'histoire fonctionne très bien avec une dimension poétique (proche de Poe par moment) qui évite au film de sombrer dans le mélodrame factice.