Concernant Arco, j'en attendais peut-être beaucoup.
J'ai passé un bon moment devant, mais je n'ai pas été subjugué. Plus encore, je soupçonne presque un emballement collectif autour de ce film.
Oui, c'est onirique. On est sur une sorte de science-fiction, d'histoire d'amour, de relation parent-enfant. OK. Les thèmes étaient pourtant là pour me toucher. J'ai pu l'être par moments, mais au vu du battage médiatique autour du film, je dois avouer que je m'attendais à beaucoup plus.
Je crois que c'est surtout là que le décalage s'est créé chez moi.
Arco arrive entouré d'une aura de petit miracle français, de film d'animation qu'il faudrait absolument défendre, presque comme si sa seule existence suffisait déjà à en faire une œuvre importante. Je peux comprendre cette envie. Je peux même la partager en partie. Mais une fois devant le film, j'ai surtout vu une très belle promesse qui ne devenait jamais complètement un grand film. C'est beau, c'est sensible, c'est fait avec amour, mais ça ne suffit pas toujours à donner du poids à une histoire.
Je ressors donc de là avec pas mal de réserves. C'était pas mal. Peut-être même un poil au-dessus de pas mal. Mais ce n'est certainement pas un film que je reverrai, ni quelque chose qui a pu vraiment m'étonner ou me faire passer un excellent moment devant mon écran.
Ce qui me dérange, ce n'est pas que le film soit onirique. Au contraire, j'aime quand une œuvre assume de passer par le rêve, l'image, la sensation, plutôt que par une narration trop scolaire. Mais ici, j'ai parfois eu l'impression que l'onirisme servait à masquer un manque de progression dramatique. Les images sont belles, les idées de monde sont là, les intentions sont lisibles, sauf que la trajectoire émotionnelle reste assez plate. On comprend ce que le film veut nous faire ressentir, mais je ne suis pas sûr qu'il y arrive vraiment.
C'est ce genre de film d'animation français un peu trop onirique, qui parfois me fait tourner la tête, voire détourner l'œil de mon écran. Parce que c'est trop long pour le peu que ça raconte. Malheureusement, c'est quelque chose que je retrouve trop souvent dans le travail de certains Français quand ils font des films d'animation.
J'ai beaucoup travaillé dans cette industrie, puis, petit à petit, je m'en éloigne. Pour mille et une raisons. Dont le fait que je trouve ça curieux de produire autant d'animation, surtout autant d'animation, j'ose le dire, pas terrible.
Je m'excuse auprès de quelques-uns de mes collègues ou confrères qui vont peut-être passer lire ça, alors qu'ils perdent aujourd'hui leur travail à cause de cette situation, mais soyons honnêtes... En France, c'est très bien qu'on ait été le fleuron de l'animation. Quoique, on est souvent les seuls à se regarder le nombril de cette manière-là, hein. Les Américains et les Japonais s'en battent les couilles de nous et à raison. Parce qu'on atteint rarement l'excellence. C'est soit moyen, soit oubliable.
Avec Arco, j'ai pourtant été assez touché par le début, puisque ça commence vite, plutôt bien, avec ce duo de personnages. Le garçon venu du futur, puis la fille d'un futur un peu plus antérieur. Tous les deux ont envie de grandir, mais aussi de rester connectés à leurs parents. On est dans cet entre-deux, cet âge où l'on s'approche doucement de l'adolescence, où l'on doit peut-être commencer à quitter la relation qu'on avait avec ses parents.
Le plus frustrant, c'est que le cœur du film avait vraiment de quoi fonctionner. Cette histoire d'enfants coincés entre deux âges, entre l'envie de partir puis le besoin d'être encore regardés par leurs parents, c'est quelque chose de très beau. Iris comme Arco ont ce rapport flottant à la famille, à l'absence, au monde adulte qui semble soit trop loin, soit incapable de répondre correctement. Sur le papier, c'est exactement le genre de sujet qui peut me toucher. Mais j'aurais aimé que le film creuse davantage cette faille-là, au lieu de la laisser comme une jolie idée posée au milieu du récit.
Parce qu'ici, j'ai eu l'impression d'avoir un début d'histoire très efficace, puis de basculer ensuite sur une petite course-poursuite teintée d'histoire d'amour, qui démarre de manière assez plate. Pour finir sur deux ou trois dialogues qui, certes, peuvent être touchants, mais restent à mon sens trop faciles.
Je pense que mon vrai souci vient du ventre mou du film. Le début fonctionne parce qu'il installe vite une situation intrigante, un univers, deux enfants, une rencontre. La fin essaie de revenir vers quelque chose de plus émotionnel, plus mélancolique. Mais entre les deux, j'ai eu l'impression que le film patinait. La course-poursuite, les robots, les adultes un peu grotesques, tout ça donne du mouvement, oui, mais pas forcément de la nécessité. Ça avance, sauf que ça ne densifie pas vraiment les personnages.
Autant le dire, je n'ai pas été subjugué. Je comprends assez peu les critiques qui semblent avoir été bouleversées par le film, parfois jusqu'aux larmes, parce que tout m'a paru très convenu. Les dialogues, les situations, les trajectoires émotionnelles.
Ce que je garde surtout, c'est le visuel. J'aime beaucoup ce style de dessin, d'autant plus qu'il est animé ici avec beaucoup de soin. Les recherches graphiques fonctionnent vraiment bien. Cette espèce de futur et de futur antérieur, avec des architectures particulières, des technologies à part, c'est très intéressant. Il y a une petite vibe Mœbius nouvelle génération qui peut clairement gratter dans le sens du poil pas mal d'amateurs de BD.
Mais au-delà de ça, pourquoi est-ce que je devrais retenir Arco ? Pourquoi est-ce qu'on devrait retenir ce film ?
Parce qu'au-delà du bel emballage, les thèmes et le début de l'histoire m'ont plu, oui. Mais le traitement, comme la longueur, m'a paru assez questionnable.
Par exemple, on est tous d'accord pour dire que Là-haut de Pixar est excellent. Sauf qu'en fait, ce n'est pas tout Là-haut qu'on aime. Ce sont les dix premières minutes qui sont géniales. Tout le reste du film est plat, mou, long, sans raconter grand-chose de plus. J'ai peur d'avoir ressenti quelque chose d'assez proche devant Arco.
Je n'ai pas été particulièrement intéressé par cette course en avant, par l'amour porté par les robots, par tout ce machin-là. Je ne sais pas, je suis peut-être resté extérieur à tout ça.
C'est pour ça que j'ai du mal à parler d'un mauvais film. Arco a une vraie identité visuelle, une douceur évidente, une envie sincère de proposer autre chose dans le paysage de l'animation française. On sent le travail, les recherches graphiques, l'amour du dessin, la volonté de fabriquer une fable écologique qui ne soit pas juste dépressive. Mais à mes yeux, cette sincérité ne transforme pas automatiquement le film en grande réussite. Il m'a plu par endroits, il m'a touché par petites vagues, mais il ne m'a jamais emporté comme il aurait dû le faire.
Ça n'en fait pas un mauvais film pour autant. Au contraire, j'ai pu apprécier le visionnage par moments. Mais je me suis aussi en partie ennuyé devant.
Comme à chaque fois qu'un film teinté d'indépendance ou d'animation française sort, tout le monde semble s'emballer pour des visuels originaux, attirants, différents, pour qu'au final, quand on gratte la surface, il ne reste pas grand-chose à l'intérieur.
À mes yeux, Arco est un digne représentant de ce genre de film. Pas mauvais pour autant, mais malheureusement oubliable.