Argylle
5.2
Argylle

Film de Matthew Vaughn (2024)

Le Colosse aux pieds d'Argylle !

Si ses deux précédents films ne m'avaient laissé aucun doute quant à ce fait, Argylle vient de définitivement me le confirmer, à savoir que le réalisateur talentueux du début des années 2010, fun, sale gosse, doublé d'un technicien solide, offrant les meilleures séquences d'action qui soient, des premiers Kick-Ass et Kingsman, est définitivement mort et enterré.


Alors, pour les fans d'Henry Cavill (qui, au passage, ferait un parfait James Bond !), de Dua Lipa ou de John Cena, vu la maigreur du temps qu'on les voit, je vous recommande d'attendre que le film soit disponible gratuitement, car je pense sinon que vous regretterez d'avoir payé pour ça (surtout si vous l'avez fait que parce que vous êtes fans d'un des artistes que je viens de citer !).


Non, vous ne verrez pas une interrogation fine, drôle et subtile sur l'opposition entre une fiction complètement fantaisiste et une réalité bien terne, entre le créateur et sa création (incarnation d'une idée de la perfection, celle que son inventeur aurait souhaité lui-même être !), façon Le Magnifique. Attention, je ne dis pas du tout que j'aurais voulu d'un remake de la pépite avec Jean-Paul Belmondo. Non, le tout part sur toute autre chose, en faisant intervenir un espionnage, tout aussi invraisemblable et bourrin, dans la réalité du film. Tant mieux que ce ne soit pas une pâle resucée. Par contre, il n'y a aucune différence véritable entre le monde fictif et le monde réel (d'où la question du bien-fondé d'une réplique dite par l'espion joué par Sam Rockwell sur ce thème !).


Reste que ce qui est donné n'est franchement pas terrible. Il y avait certainement des volontés de pastiche venant de Matthew Vaughn, néanmoins, ce n'est pas en accumulant retournement de situation sur retournement de situation sur retournement de situation (avec, en supplément, beaucoup de morts qui ne sont pas morts !), vus, auparavant, dans des œuvres cinématographiques connues (coucou, la prévisibilité, sauf sur... balise spoiler plus bas !), à chaque fois pour relancer, par à-coups, une intrigue qui s'épuise (injectant l'impression, lors des vingt-trente dernières minutes, qu'on a le droit à une succession de fins qui n'en finit pas avec, en prime, lors du générique de fin, l'inévitable annonce d'une suite comme pour toutes les franchises d'aujourd'hui !)... bref, ce n'est pas avec tout ça qu'on accouche de quelque chose d'efficace, de solide et de divertissant.


Est-ce que le réalisateur essaye de les détourner, éventuellement de les parodier en profondeur, de se moquer en allant à l'encontre de l'horizon d'attente ? Que nenni ! Il y a juste, parfois, une réplique se voulant marrante pour insuffler l'impression que ça tente de le faire, que ça assume d'être ridicule, mais c'est tout. Ouais, mais dans les faits, c'est juste un enchaînement de twists à grande vitesse (en espérant que le spectateur n'ait pas le temps de comprendre que c'est du vide suivant immédiatement du vide !), sans que rien ne soit creusé, les personnages (Samuel L. Jackson, à l'instar de l'extrême majorité des seconds rôles, se contente d'ajouter son nom sur l'affiche en ayant uniquement à apparaître quelquefois à l'écran et de dire quelques rares dialogues !), leurs motifs (le perso de Bryan Cranston est méchant parce qu'il est méchant, c'est tout, ce qui ne permet pas à l'acteur de livrer quoi que ce soit d'intéressant !), les rebondissements.


Pour en revenir à la prévisibilité et, par le même intermédiaire, à l'interprétation et au personnage de Cranston, je n'avais pas du tout vu venir que sa "mère" n'était pas sa réelle mère et que son "père" se révèle être le méchant susmentionné. Cela n'a pas vocation à être crédible, étant donné que cela fait partie de l'objectif du ridicule, mais, en revanche, il n'y avait pas mieux à faire avec le grand antagoniste, en jouant plus sur le contraste entre le chef d'une puissante organisation criminelle et le rôle qu'il s'est assigné en "paternel attentionné moyen". Cela aurait pu rendre le personnage plus haut en couleur, en plus de ne pas laisser à l'état de superficiel ce rebondissement, pour une fois étonnant. D'autant plus que Bryan Cranston avait prouvé dans la série Malcolm qu'il est comme un poisson dans l'eau en ce qui concerne les caractères fantasques.


Visuellement, les effets spéciaux sont dégueulasses. On a le droit à une avalanche de CGI (mention spéciale au chat, on distingue à la seconde quand c'est un vrai tout mignon et quand c'est un faux tout beurk !) et de fonds verts se voyant à des kilomètres (200 millions pour ça, sérieux ?). Les scènes de bagarre sont des pitoyables ersatz de celles de Kick-Ass et Kingsman : The Secret Service (on ressentait bien la brutalité des confrontations physiques dans ces films, voire la bestialité pour l'époustouflant massacre dans l'église avec Colin Firth !), avec des comédiens se donnant des coups à dix mètres. Ce qui révèle, de ce point de vue là aussi, que non seulement Vaughn n'arrive plus à se renouveler, mais qu'en plus, son talent de metteur en scène d'action s'est considérablement dégradé.


Je ne sauve que le duo Sam Rockwell-Bryce Dallas Howard (euh, Matthew, la couleur blonde ne colle absolument pas avec le teint naturellement très clair d'une rousse, cette coupe de cheveux ne fonctionne pas du tout !) qui a une belle alchimie et qui aurait mérité de servir un bien meilleur truc.


Pff... le Matthew Vaughn d'avant, qui n'est plus, me manque.

Le 1 février 2024

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Plume231

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