L'an dernier, Devos jouait dans La Vie Domestique, drame domestique donc sur les affres de la vie de couple bobo et son ennui banlieusard, pour un résultat sur-écrit dont la solennité empesée semblait compiler tous les écueils d'un auteurisme français très cadenassé. Aujourd'hui, elle remet le couvert avec son partenaire de toujours Amalric dans Arrête Ou Je Continue, sixième film de Sophie Fillières, sur le versant opposé de la comédie sentimentale sur le fil de l'absurde et de la gravité, et...c'est encore pire! Mais alors vraiment, vraiment pire, à un niveau de cataclysme qu'on ne pensait plus capable d'atteindre le cinéma d'auteur, qu'on croyait un tant soit peu vacciné de ce genre d'expérimentations douloureuses, auto-satisfaites et parfaitement indigentes. Mais ce film arrive bien en 2014 avec son impossible mélange de répliques soupirées avec tout le poids de leur cérébralité affectée au point qu'elles semblent sorties d'un sketch des Inconnus ("ah l'amour", etc...je cite hein), et de loufoquerie fabriquée (une scène de dégustation de glaçons, bonjour la subtilité). La coupe est déjà pleine au bout d'une demi-heure de ce simulacre de dramédie, mais Fillières tente alors un revirement fatal lorsque (une nouvelle fois avec un arbitraire qui est au-delà du défaut d'écriture) son héroïne décide, après une randonnée de couple ayant mal tourné, de rester dans les bois. Alors là, c'est simple, le film n'a plus nulle part où aller, et en plus de s'écouter ne pas dire grand-chose, commence à se traîner d'une scène abyssalement vide à une autre (le symbolisme animal de montagne, avec couple de lapins ou chamois égaré qui croisent le chemin de Devos, est particulièrement délicat), jusqu'à une fin qui affiche fièrement son hermétisme et son iconoclasme à la petite semaine : juste une afféterie de plus dans un film tout entier dédié à la montre. Allez arrêtons-nous là, de peur que Fillières ne mette sa menace à exécution.