Qui connait ce film ? Sorti en 1981 par Denis Amar, réalisateur par la suite de L'addition ou Hiver 54.
J'ai découvert le film un peu par hasard en me procurant l'édition Make my day qui avait un visuel fascinant, une jeune femme de dos, montant un escalier de passerelle d'autoroute, une valise à la main, derrière elle, des carcasse de voitures par dizaines, au premier plan.
Asphalte fait parti de ces long-métrages inclassable, sauf peut-être dans le genre des drames car c'est bien de cela qu'il s'agit mais il porte sur lui également un habit d'étrangeté qui le rend assez unique.
Déjà il faut savoir que le film n'a pas vraiment de scénario, on va suivre différents personnages, un peu comme dans un film choral, certains vont se croiser, d'autres non. D'abord on commence avec un chirurgien qui opère une accidenté de la route, qu'il ne réussit pas à sauver. Puis on va suivre une jeune femme qui doit rejoindre son compagnon dans le sud avec une voiture qui ne lui appartient pas. Mais aussi Jean-Pierre Marielle, dans un rôle de beauf, un père de famille qui compte bien partir avec sa famille, ses amis en vacances avec une voiture défectueuse. On a aussi ce père de famille, victime d'un accident dont la femme décède mais le petit garçon en réchappe. Le père arrive à s'extirper du véhicule et sous le choc déambule sur la route, fait du stop, tel un fantôme pour rejoindre ses beaux-parents qui sont très "stricts". La trame principale est celui de la jeune femme Juliette, parti rejoindre son homme dans le sud mais rien ne va se passer comme prévu. L'actrice qui l'incarne est l'incarnation de la femme des années 80, libre, franche, forte et est merveilleusement interprété par Carole Laure. On apprend dans l'entretien avec le réal' qu'il voulait Jane Berkin pour ce rôle, haaa les amours de jeunesses...Pour moi elle n'aurait rien apporté de plus et Carole Laure a beaucoup plus de prestance, pas seulement de la beauté, mais du charisme, du pep's, de la personnalité. Elle répond parfaitement à Jean Yanne qui joue un mec bourru mais au coeur tendre. D'ailleurs j'ai adoré cette deuxième parti de film avec juste Jean Yanne qui apparait au bout d'une heure et Carole Laure dans l'hôtel, puis à la fin avec l'accident. A ce propos toutes les scènes d'accidents sont très bien faites, bien exécutées, bien tendues, même si ça manque d'un peu de réalisme. Le dernier accident on doute jusqu'au dernier plan de son issu et on est aussi supris après.
Dans cet univers assez cru qui n'épargne personne, on soulignera aussi la froideur du monde hospitalier, plus froid encore que le type qui récupère les épaves.
Je vous recommande donc vivement ce film de la marge, qui est plein de petits moments hors du temps, surréalistes, comme ce personnage étrange de "cousu", un simplet malsain qui erre dans une station service, ce vieil homme et sa femme très touchants mais en même temps perdus qui viennent récupérer les affaires de leur fils mort dans la carcasse de sa voiture à la fourrière (il récupère d'ailleurs une boîte de médocs qui en dit long)...et qui retranscrit parfaitement cette ambiance d'été, de vacances sur la route en famille et de drames qui en découle. Un titre parfait car il est la matière dont transpire du film, ce qui rattache tous ces personnages et qui les maudits.