Il y a des films qui, sous couvert d’originalité et de transgression, finissent par se perdre dans leur propre excès. Ass Backwards, comédie écrite et interprétée par June Diane Raphael et Casey Wilson, semble s’engager avec enthousiasme dans cette voie… pour s’y enliser très vite. Ma note de 3/10 reflète moins un rejet radical qu’un profond désarroi face à une œuvre dont le potentiel satirique, pourtant réel, se dilue dans une exécution bancale, désordonnée, et peu convaincante.
L’intrigue suit deux amies d’enfance, devenues femmes immatures et excentriques, qui prennent la route pour retourner à un concours de beauté où elles avaient autrefois échoué. Ce postulat aurait pu servir de tremplin à une réflexion drôle et acerbe sur les illusions du rêve américain, l’injonction à la réussite féminine ou encore la nostalgie toxique de l’enfance. Malheureusement, rien de tout cela ne prend forme.
Le film préfère empiler les situations grotesques et les rencontres absurdes, sans jamais leur donner de vraie direction. Ce n’est pas tant le manque de réalisme qui dérange — l’absurde peut être un moteur puissant — mais plutôt l’absence d’intention claire derrière ce chaos. On ne sait jamais si l’on doit rire, compatir ou détourner les yeux.
Sur le plan comique, Ass Backwards souffre d’un déséquilibre constant. Le film veut choquer, surprendre, choquer encore… mais oublie que l’outrance, pour fonctionner, doit être cadrée, contextualisée, voire rythmée avec soin. Ici, les gags semblent jetés à l’écran comme autant de tentatives désespérées d’arracher un rire, souvent sans lien avec le fil narratif. Beaucoup tombent à plat, certains gênent plus qu’ils ne font sourire, et presque aucun ne laisse de trace.
En voulant à tout prix fuir le politiquement correct, le film finit par faire du bruit sans rien dire. L’audace devient maladresse, et la provocation, un artifice creux.
June Diane Raphael et Casey Wilson, également à l’écriture, s’investissent avec énergie dans leurs rôles d’anti-héroïnes, mais cette énergie est mal canalisée. Leur duo, censé porter l’absurde jusqu’à l’absurde lui-même, tourne en rond dans des dialogues artificiels et des postures outrancières. Le problème n’est pas qu’elles soient stupides — après tout, de nombreux personnages comiques reposent sur l’exagération — mais qu’elles ne soient jamais autre chose. Il n’y a ni progression, ni regard ironique sur leur comportement. Elles stagnent dans la caricature, jusqu’à l’épuisement.
Le film rate ainsi l’occasion de construire un attachement minimal ou une critique mordante. Sans contraste, sans arc narratif, les protagonistes deviennent des figures monotones, enfermées dans leur propre vacuité.
Du point de vue formel, Ass Backwards ne parvient pas à compenser ses faiblesses scénaristiques par une mise en scène inventive. Tout reste plat : les décors, les cadrages, les enchaînements. Aucune prise de risque visuelle, aucun style affirmé ne vient soutenir ou justifier l’excentricité de l’écriture. Le résultat est une série de séquences mal rythmées, sans respiration, comme si le film s’enlisait dans une course sans objectif.
En fin de compte, Ass Backwards donne l’impression d’un projet qui voulait se moquer des codes, mais s’y est emmêlé les pinceaux. Il y a bien des intentions — une critique des concours de beauté, des injonctions féminines, de l’obsession du passé — mais elles restent esquissées, jamais portées par une vision cohérente. Le film n’est ni une satire efficace, ni une comédie déjantée assumée. Il oscille, tergiverse, et finit par se diluer dans sa propre démesure.
Je ne condamne pas Ass Backwards pour son ambition. J’ai même un respect sincère pour les films qui osent l’absurde, l’anti-héros, la laideur assumée. Mais encore faut-il que l’ensemble soit guidé par une écriture précise, une vision claire, un propos fort. Ici, tout cela manque. Le film s’amuse, certes, mais sans nous inviter réellement à participer.
En ce sens, ma note de 3/10 reflète une déception plus qu’un mépris. Le film voulait choquer, mais il en oublie de construire. Il voulait rire de tout, mais il ne fait finalement rire de rien. Et c’est bien là, pour une comédie, sa plus grande faiblesse.