Rotberger et son associé sont des producteurs fauchés qui pour se refaire décident de se lancer dans le porno car "il n'y a plus que ça qui marche".Ils recrutent Manuel,un réalisateur qui voulait adapter "La Chartreuse de Parme" mais qui accepte leur proposition car lui aussi est pris à la gorge financièrement.Un tournage chaotique démarre dans un hangar d'Aubervilliers.Les comédies sur les tournages de films de boules ne sont pas nombreuses mais ont connu une petite vogue à cette époque,Lautner sortant sa version,"On aura tout vu",en cette même année 76,tandis que Davy fera "Ca va faire mal" en 82.Gérard Pirès,en ce temps-là immergé dans la mouvance anar-paillard,était tout indiqué pour diriger cette production de Pierre Braunberger,dont le nom a sans doute inspiré celui du producteur du film dans le film.C'est la romancière Nicole de Buron,auteur de quatre Pirès,qui signe le scénario,elle qui était à la mode depuis les années 60 pour avoir créé la mythique série télé "Les saintes chéries".Guy Marchand,un des principaux acteurs du film,a composé la musique et chante la drôlatique chanson du générique au titre éponyme.Les futurs cinéastes Alain Centonze et Philippe Lopes Curval sont assistants,tandis qu'on a la surprise de retrouver à la photo le Néo-Zélandais Michael Seresin pour une de ses premières contributions au cinéma,lui qui deviendra un opérateur star éclairant notamment les films d'Alan Parker,comme "Midnight Express","Fame","Birdy" ou "Angel heart",ou plus récemment des blockbusters comme "Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban" ou encore des épisodes de "La planète des singes" tels que "L'affrontement" et "Suprématie".Cela dit ses images sur "Attention les yeux!" n'ont rien d'exceptionnel et sont conformes à la texture granuleuse,tout-à-fait agréable d'ailleurs,qui avait cours dans le ciné français seventies.L'oeuvre donne ce qu'on peut en attendre,à savoir du rire et du cul,tout en nous plongeant dans le bain de jouvence des folles années 70.L'humour n'est évidemment pas d'une finesse exceptionnelle,sacrifiant au machisme tranquille qui prévalait alors,et l'érotisme est assez généreux,car rarement a-t-on vu dans un film grand public un tel déballage de fesses,de nichons et de situations scabreuses,c'était quand même le bon temps!Sur le fond,la façon de brocarder les moeurs d'un certain cinéma de série B impécunieux aurait pu s'appliquer à n'importe quel genre,le fait d'avoir choisi l'érotisme n'étant qu'un atout commercial supplémentaire.Ce qu'on voit ici d'un tournage n'est pas très différent de ce qu'a pu proposer par exemple "Ca tourne à Manhattan",en plus clownesque sans doute car Pirès utilise à fond les codes boulevardiers franchouillards.Tout est ainsi exagéré mais on rigole cependant souvent face aux mésaventures de cette entreprise acrobatique.Les producteurs sont des escrocs qui n'ont pas un kopeck et rognent sur toutes les dépenses,le réalisateur ambitieux tente désespérément d'intellectualiser son histoire débile,un écrivain catholique cède les droits de son bouquin qui va être complètement trahi et ne servira que de caution culturelle sur l'affiche,les acteurs sont nuls mais se prennent pour des vedettes,et les techniciens sont à la ramasse,ne se montrant efficaces que lorsqu'il faut faire valoir leurs droits syndicaux.Du coup tout va de travers,les décors s'écroulent,la jungle africaine reconstituée dans un entrepôt de banlieue ne fait pas illusion,les ouvriers du chantier voisin font trop de bruit,le couple vedette se déteste,l'acteur n'arrive pas à bander,les figurants ne comprennent rien aux directives et le pauvre Manuel s'arrache le peu de cheveux qu'il a au milieu de ce bordel infâme.La distribution est assez extraordinaire et regorge de comédiens déjà célèbres ou qui le deviendront.C'est Claude Brasseur qui joue avec beaucoup de subtilité le réalisateur dépassé par les évènements.André Pousse et Jean-Pierre Darras sont formidables en producteurs indélicats,et le reste de l'équipe technique suit bien avec Robert Castel,irrésistible en régisseur pied-noir bricoleur,Anémone en maquilleuse,Catherine Lachens en scripte,Daniel Auteuil en assistant zélé,Christine Dejoux en accessoiriste naïve,Bouboule en machiniste et Jacques Chailleux en cadreur.Côté acteurs on a Guy Marchand en comédien aussi frimeur qu'incompétent,en perpétuel conflit avec sa partenaire incarnée par la délicieuse Sonia Vareuil,habituée des films de Pirès et révélée à la télé dans la troupe du Collaro Show,qui passe comme souvent plus de temps à poil que couverte.Serge Marquand interprète un curieux mercenaire nazi égaré en Afrique,tandis qu'un bataillon de jolies filles rompues à l'érotisme sont présentes en arrière-plan.Il y a là les superbes Marie-Christine Deshaies,sur le derrière de laquelle Marchand doit déguster des oeufs au plat,Carina Barone,Vibeke Knudsen ou encore une certaine Grace Jones,mannequin déjà connue mais qui n'apparaissait là que dans son troisième film.Les petits rôles sont également luxueux avec la blonde sexy Nathalie Courval en compagne du réalisateur,Maurice Baquet en flic,Georges Descrières en tenancier de sex-shop,Tanya Lopert en ex au téléphone,Roger Mirmont en candidat à un rôle,Gérard Hernandez en restaurateur dur en affaires,Anne Jousset,copine d'Auteuil à l'époque,qui auditionne les mecs à poil pendant que son Daniel s'occupe du casting féminin,plus le boxeur Jean-Claude Bouttier torse nu et le pilote de rallye Jean-Claude Andruet,peut-être un copain de Pirès,fan notoire de sports mécaniques,au point d'avoir été gravement accidenté et qui sera sans doute choisi pour ça quand il a dirigé le premier "Taxi".Surprise avec le surgissement dans une scène de la bande du Splendid,les agents de police Michel Blanc,Christian Clavier et Thierry Lhermitte prenant plaisir à tourmenter Christine Dejoux,future partenaire de Blanc dans "Viens chez moi,j'habite chez une copine",lors d'un interrogatoire serré.Et que dire de Moustache en paysan se ramenant avec sa chèvre,sans savoir que le but de la manoeuvre est de baiser l'animal,lequel aura été au préalable lavé dans la salle de bains de la voisine Marthe Villalonga.Le plus beau pour la fin avec l'arrivée de Stéphane Collaro,le producteur-animateur patron de Sonia Vareuil,en beauf béret-baguette censé sodomiser le hardeur culturiste Manu Pluton,les deux hommes refusant d'avoir un rapport non par pudeur ou hétérosexualité mais par pur racisme,l'un étant noir et l'autre blanc.Note et critique de film de Gérard Pirès publiées précédemment:"Fantasia chez les ploucs"-5.Moyenne:5,5.