"Invasion" (2020) est un film de SF russe et la suite directe d'"Attraction", sorti en 2017. Réalisé par Fiodor Bondartchouk, ce diptyque a rencontré un franc succès au box-office. Dans le premier volet, la jolie Yula Lebedova (Irina Starchenbaum) est une lycéenne habitant dans la banlieue de Moscou et la fille du colonel Lebedev (Oleg Menchikov). Son petit ami Artiom (Alexandre Petrov) et elle assistent à l'écrasement accidentel d'un vaisseau extraterrestre. De nombreuses victimes sont à déplorer, et nul ne sachant si les intentions de ces visiteurs indésirables sont hostiles ou non, l'affolement commence à gagner la population et les autorités. Tandis que le colonel Lebedev tente d'éviter l'escalade, Artiom prend la tête d'un groupe de jeunes bien décidés à tuer les aliens. De son côté, Yula sauve la vie de l'un d'eux, un humanoïde nommé Haekon, et ils tombent progressivement amoureux. Lors d'une violente confrontation entre forces de l'ordre et la bande de voyous, Yula est grièvement blessée mais les extraterrestres la soignent et la sauvent. Le vaisseau repart, et Artiom est emprisonné. Lorsque débute "Invasion", trois ans ont passé. A présent étudiante, Yula fait également l'objet d'examens dans un centre militaire que dirige son père. La jeune femme a en effet développé des super pouvoirs, et Haekon, que l'on croyait mort, refait subitement surface afin de la protéger d'une menace venue de l'espace...
Très grand public, les deux films concentrent les qualités et les défauts de l'actuel cinéma SF russe, qui s'inspire de blockbusters américains tout en essayant de s'en démarquer. Parmi les points négatifs, le manque d'originalité scénaristique : l'intrigue est assez convenue et suit globalement un schéma prévisible. En outre, le déroulement des faits n'est pas toujours limpide et certains éléments sont évoqués de manière superficielle ou manquent de cohérence. Néanmoins, ces défauts narratifs sont compensés par une approche intéressante des personnages. Une approche moins caricaturale et manichéenne que d'ordinaire dans ce genre de production.
Ainsi, la personnalité d'Artiom n'est pas figée : le "méchant" du premier opus, où il passe pour un jeune abruti jaloux et violent, acquiert ensuite de la maturité. Alors qu'on le croyait irrécupérable, il devient progressivement sympathique et rejoint le camp des héros.
De même, le colonel Lebedev est tout sauf un taré va-t-en-guerre, et à l'opposé des clichés habituels, son unique motivation est de protéger la population. Si l'histoire d'amour entre Yula et Haekon est moyennement crédible (on ne sent pas vraiment d'alchimie entre eux), la relation père-fille est en revanche décrite de manière assez touchante. Un autre aspect du scénario mérite d'être souligné : il montre la manière dont le comportement humain est dangereusement modifié par une manipulation des infos officielles et des outils de communication. Côté casting, la plupart des acteurs sont convaincants _ en particulier Oleg Menchikov et Irina Starchenbaum, étoile montante du cinéma russe. Celui-ci prouve qu'il n'a plus rien à envier à Hollywood en terme d'effets spéciaux, et esthétiquement, "Invasion" est une réussite. Au final, je lui attribue la moyenne. Sans être enthousiasmé, j'ai apprécié sa beauté visuelle, son humanisme (aux antipodes de nombreux films, aux sous-textes particulièrement toxiques, des actuels cinémas anglo-saxon et français) et son romantisme.
"Ce n'est pas à cause de l'attraction terrestre que des gens tombent...amoureux" disait Albert Einstein, mais dans le monde de la science-fiction, "Attraction" et "Invasion" lui donnent tort.