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Fuller la paix
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le 17 oct. 2022
Film de guerre du pauvre, et film américain, comme quoi ça peut arriver. C’est du niveau épisode de feuilleton télé sur une guerre anonyme quelconque, (n’importe laquelle), et on pourrait y voir un début de documentaire, car c’est très simple formellement. Mais je vais poser la question qui m’a tourné dans la tête pendant tout le film. Est-ce que ce gars sait tenir une caméra ?
Gros plans qui succèdent aux gros plans (grossiers), plans fixes qui succèdent aux plans fixes, (fixes), pas d’acteurs, à part Lee Marvin qui joue les gros bras burinés comme il sait si bien le faire…les autres : Griff, Vinci, Babyface, Johnsson, le narrateur : Zab ; ils ont beau faire la guerre, leur sort m’est totalement étranger, et leur discours me laisse indifférent. Ils sont tellement désincarnés que ça ne me fait pas du tout effet.
Il n’y a pas d’histoire, mais une éphéméride, avec les noms des lieux qui défilent : Belgique, Alger, Sicile…Une répétition de mitrailleuse enrayée. Italie, Grèce ? Pour donner une idée du tableau, l’Italie, c’est quelques murs en ruines, un drapeau vert, blanc, rouge, et des pochoirs marqués : DUCE DUCE DUCE. Difficile de faire plus simple. Pratique quand on n’a que deux tanks et quelques uniformes, mais qu’on veut dépeindre une marche en avant, sans peur, sans reproche, et à dimension humaine.
Sauf que l’humain ne vaut pas grand-chose ici, ainsi le postulat abject : « Tuer l’ennemi ce n’est pas l’assassiner ». Postulat que tout le monde (ou presque) valide, à la gloire du héros de guerre américain, qui est tout sauf un assassin, bien sûr.
Les anecdotes racontées ont seulement la vérité du souvenir, et la banalité des plans sont signes d’un manque certain d’imagination. Comme quoi les souvenirs, et la mémoire de guerre, ne suffisent pas, même si on est vétéran de guerre. Fuller est vétéran de guerre. Cannes Classics.
J’aimerais savoir d’où sort cette promotion inespérée. Je n’aurais pas jeté un œil sur ce truc, si ça n’avait pas été un : Cannes Classics ! Titre pompeux pour faire parler. N’importe quoi. Cannes Classics, de fond de tiroir tu veux dire…
Se permettre autant de désinvolture et ne pas se faire botter le cul par la critique, toujours prête à lapider les faibles, c’est en effet n’importe quoi.
L’ambigüité du personnage de Marvin est lassante, facile, et tendancieuse. C’est un salaud excusé par tout le monde, héros à demi mot, à commencer par celui qui tient la caméra ? C’est parce qu’il tue des allemands c’est ça ? Dans ce cas, autant le dire. Quand, même le gars qui filme est lui aussi ambigüe dans sa tête. Il y a problème. Marvin tue plein de nazis à lui tout seul : fusil, grenades, corps à corps, couteau…j’en passe. Les autres regardent…Les scènes de combat ? On entend : Boum, et on voit un écran de fumée. PTDR. J’ai faillit rire. Ce petit défouloir amateur fait office de vérité cinématographique ? Aucune chance que ça fonctionne sur moi. Je ne suis ni ancien combattant frustré, ni frustré tout court par l’héroïque deuxième guerre mondiale vu par les paras américains. Là où ça se gâte un peu plus, c’est qu’on compare ça à du Malick,(Ah!), du Kubrick, (Oh !), du Coppola, (Sans rire?), en prenant le contrepied. On dit : « Pas de philosophie, pas d’héroïsme, pas de lyrisme. Ici, la réalité brute." La réalité brute de propagande, précisons.
Très long, pour peu d’intensité. C’est la première fois qu’un film de guerre m’ennuie à ce point. Je n’y ai vu qu’une réalité, l’EGO de Fuller, qui est allé au bout du projet, même sans grands moyens, (bravo), mais ça ne fait pas de son film une meilleure proposition de cinéma, (fake ).
Un ancien marine, le cerveau embrumé par son cigare dépeint une guerre caricaturale, et ce bien malgré lui. Il se prend pour Zab, qui se prend pour Hemingway, qui se prend pour John Wayne, qui n’aurait pas eut les moyens de faire Les Bérets verts, donc il fait avec les moyens du bord. Son manque d’intérêt pour la matière cinématographique m’ennuie, son détachement m’énerve. Ce qui l’intéresse c’est se remémorer le bon vieux temps, et ses souvenirs, lointains, avec un humour rare, et lugubre, voire grotesque, un peu rance. Un humour de soldat qui n’a pas d’humour.
PS : Quand on vous parle d’un cinéaste inconnu, et qu’on vous dit : Chef d’œuvre. Méfiez-vous !
Créée
le 30 mars 2016
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