On sent chez Cristian Mungiu le besoin vital de panser les maux de son pays (et du monde) par le cinéma. Son écriture cinématographique est sèche et rigoureuse, souvent clinique et glaçante. Après le très réussi 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Au-delà des collines, confirme le talent du cinéaste, même s'il ne retrouve pas la puissance de sa Palme d'Or.

Car il faut bien admettre que le film est lent à démarrer. On comprend que Mungiu prenne le temps de construire ses scènes d'exposition, mais sa rigueur narrative flirte à plusieurs reprises avec l'ennui. On peut préciser, à sa décharge, que filmer un couvent démuni en plein hiver roumain ne soit pas des plus aisés. On oublie cependant assez vite ces difficultés à entrer dans le film : en quelques scènes puissantes, le cinéaste tient son sujet et ne le lâche plus.

Terrible est la situation des deux héroïnes, l'une enfermée dans un amour qui la détruit, l'autre coincée dans un fatalisme social qu'elle ne maîtrise pas. Le schéma est clair : tu es orpheline et pauvre, tu laisses tout et tu vas faire l'esclave au couvent. Si tu te rebelles, tu es foutue. La grande force de Mungiu est évidemment de ne pas faire de film à charge. Il ne juge pas. En montrant simplement une réalité terrifiante, il lutte davantage contre l'obscurantisme religieux que n'importe quel discours théorique. Aveuglés par leurs croyances débilitantes, le prêtre et ses oilles demeurent convaincus, jusqu'au bout, qu'ils ont œuvré pour le bien d'Alina.

Alors qu'on s'enfonce dans l'horreur, L'exorcisme s'assimilant désormais à une partie de rigolade, les dernières scènes nous rappellent que tout cela se passe aujourd'hui, dans un monde où nous croyons que tout va vite, alors que l'ignorance et la bêtise religieuses vivent dans un temps arrêté. Magnifiquement interprété, d'une honnêteté insoupçonnable, Au-delà des collines, malgré une première partie trop longue, légitime l'existence d'un cinéma engagé et plus que nécessaire.
pierreAfeu
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le 1 déc. 2012

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