En 2001, Quentin Dupieux arrivait avec une première production qui sera la base de son cinéma : Non Film, dans lequel le spectateur était en proie à perdre tout repère dans un univers absurde et original, s'ensuit alors quelques années plus tard de nouvelles productions plus ambitieuses, Steak, mais surtout Rubber, dans lequel il se faisait plaisir à conter cette histoire de pneu télépathe tueur, puis Wrong et Wrong Cops, avant d'arriver en 2015 à la quintessence de son cinéma dans Réalité.
Avec Au Poste, Quentin Dupieux reste dans la foulée de Réalité, une situation de départ plutôt banale : un mec se fait interroger car a été témoin (presque) d'un meurtre et un flic va essayer de démêler cette affaire. Puis petit à petit les éléments se mettent en places (ou plutôt se déplacent...) pour partir dans cet univers absurde et décalé, presque surréaliste fait de péripéties toutes plus inimaginables les unes que les autres, entre quiproquos et incompréhensions.
Et ici on est en plein dans un film de Dupieux, dans lequel absurde et non-sens sont mots d'ordre, on s'attarde sur des détails futiles qui feront de chaque répliques, chaque silences, un possible élément prêtant le spectateur à rire. Alors bien sûr, il faut aimer ce type d'humour, celui qu'on ne comprend pas forcément, qui peut prendre la tête si l'on cherche trop de réponses, mais ça fonctionne tellement bien qu'on finit par rire parfois pour rien, juste en imaginant ce qui peut arriver ensuite (ce qui est, très clairement, impossible).
La réalisation (bien que "mise en scène" soit plus adapté ici...) est loin des comédies françaises actuelles, c'est beau et pas sans rappeler Wrong et Rubber à l'esthétique très américaine. Le scénario ne sera que source d'incompréhensions, entre hommage au fameux "aucune raison" cher à Dupieux, intrusion du réel dans l'imaginaire (ou l'inverse, allez savoir ?), du futur (enfin du présent) dans le passé ou encore du passage d'extra à intra-diégétique, puis l'inverse. Un mélange entre l'univers Lynchien et Buffet Froid, autre film français et pierre angulaire pour Q. Dupieux. On se perd dans le film comme on se perd dans (la) Réalité et c'est pour notre plus grand bonheur un vent de fraîcheur dans le cinéma français.
Les acteurs sont parfaits dans leur rôle, Benoit Poelvoorde et Gregoire Ludig en tête, mais surtout Marc Fraize. C'était inimaginable de ne pas avoir une rencontre entre l'humoriste et celui qu'on appelle Mr. Oizo tant leur humour se rejoint et se complètent et j'espère qu'il pourra se lancer dans une belle carrière au cinéma après ce film. Les autres "guest" de passage font aussi leurs petits effets (Orelsan, Anaïs Demoustier ou Philippe Duquesne pour ne citer qu'eux).
En bref, encore une réussite pour Quentin Dupieux qui prouve que la comédie française peut encore produire de très bonnes choses, dans ce huis clos drôle et inventif qui ne laissera personne de marbre. Ce qui est clair, c'est que le cinéma français (et même le Cinéma en général) a besoin de Quentin Dupieux et c'est pour ça (!) que j'ai hâte de voir comment celui-ci se renouvellera l'année prochaine dans Le Daim.