Voila un film étonnant que l’on doit à Kriv Stenders, un sympathique réalisateur australien, certes guère virtuose, mais ayant la particularité d’avoir touché un peu à tous les genres, et tous les styles. S'il est surtout connu pour son fameux Red Dog, cet Australia Day, méconnu chez nous, est probablement l’un de ses meilleurs films. Il se déroule en été, durant l’Australia Day, c’est à dire le 26 janvier soit le jour où l’Australie blanche célèbre l’arrivée de la première flotte européenne dans la baie de ce qui deviendra Sydney. Le film suit le parcours de trois personnages en fuite. Il y a d'abord une jeune chinoise qui vient de se sauver d’un bordel et qui courre pour échapper à ses geôliers et qui va être recueillie par un vieux paysan ruiné par les accords commerciaux que l’Australie vient de signer avec la Chine… Il y a ensuite une jeune Aborigène qui vient de tuer son père abusif et qui courre pour échapper à la police... et notamment à une fliquette faisant face à sa propre identité, et ses propres culpabilités. Et puis il y a finalement un jeune immigré du moyen-orient, kidnappé par le frère et les amis de sa copine, des jeunes rednecks racistes qui comptent bien régler leurs problème eux-mêmes. La mise en place, qui apparait d’abord confuse, débouche sur une montée en tension jouissive et efficace au fur et à mesure que les catastrophes s’accumulent et que les enjeux, multiples, se dessinent. L’histoire se construit alors peu à peu à travers trois genres bien définis : le film de vigilantisme, le drame social et le film de gangsters, trois styles qui coexistent, mais qui ne se parlent pas. Et quand bien mêmes ces trois intrigues ne se croiseront (presque) jamais, Stenders, en les articulant malicieusement, arrive à créer un film cohérent et au propos homogène. C’est assez efficace, du moins tant que les personnages sont dans la fuite et la course en avant… Il y a une urgence qui irradie dans certaines scènes et qui rappelle un peu, la virtuosité en moins, les premiers films de Winding Refn. Bryan Brown, dans le rôle du vieux paysan, est une plus value évidente et le personnage rappelle sur de nombreux aspects celui du vieux bougon raciste tenu par Eastwood dans Gran Torino. Cette intrigue tournant autour d’un bordel chinois on pensera aussi, évidemment, à celle du génial Goldstone d’Ivan Sen, même si Stenders peine franchement à rivaliser avec ses « modèles ». Car si le propos est sympathique et que les histoires de ces trois personnages servent un commentaire global passionnant - mais certes évident - sur les tensions raciales et identitaires qui animent le pays, la montée en tension débouche sur une conclusion, et une réconciliation générale, qui semblent un peu forcées. Après la jubilation provoquée par l’énergie que dégageait le film, sa dernière partie déçoit, plongeant dans une certaine mièvrerie, plombant un peu les attentes qu’avaient motivées la mise en place de ces intrigues. Il n’en reste pas moins qu’Australia Day est un polar politique efficace, porté par un script tonique et des acteurs impliqués qui en font l’un des meilleurs films de son auteur.



MelvinZed
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le 18 mars 2026

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